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Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël]

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Cedrik Manners

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MessageSujet: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Dim 20 Oct - 13:48

Joyeux Noël, maman. Joyeux Noël, ma sœur. Puissent les flocons qui tombent du ciel ne pas trop geler la terre qui vous retient prisonnières en cette nuit qui n’a rien d’aussi magique que ce que je croyais encore lorsque vous étiez encore là pour l’illuminer.

Il était près de vingt-trois heures trente en ce soir du 24 décembre et Cedrik Manners était seul dans cet appartement qui était sa seule maison. Ses trois colocataires étaient partis rendre visite à leur famille pour le temps des fêtes. Ils avaient abandonné les lieux peu de temps après le début des vacances universitaires pour rejoindre les leurs. Drake avait décoré les pièces communes dès le début du mois de décembre et, aujourd’hui, même en son absence, les lumières de Noël éclairaient le salon et se reflétaient sur les guirlandes dorées et les étoiles métalliques qu’il avait collées aux murs. Leah avait fait semblant de détester l’ambiance créée par son colocataire, mais Cedrik avait bien vu dans ses yeux que Noël la transformait en véritable petite fille. Gillian n’avait rien dit sur les décorations, sinon qu’elles n’étaient pas nécessaires puisque celui qui les avait posées ne serait même pas là le soir de la fête, ni même la veille, ni même le lendemain. Comme à l’habitude, personne n’avait osé s’opposer à ce qu’il disait, mais les décorations étaient restées en place. Drake ne les avait même pas retirées en partant pour voir sa famille.

Manners s’était enfermé dans sa chambre alors que ses colocataires partaient pour éviter de devoir leur dire au revoir ou, pire, leur souhaiter de belles vacances et leur offrir des vœux hypocrites pour cette période des fêtes. Il y était resté des heures, jusqu’à être certain qu’il ne restait plus un seul d’entre eux. Puis, il s’était dit à voix basse qu’il était de nouveau seul pour les fêtes, d’un ton amer et las.

Le jeune homme avait hésité entre travailler ou rester chez lui, ce soir-là. Noël était une soirée étrange pour les prostitués. Le temps des fêtes attirait beaucoup d’âmes perdues et tristes cherchant du réconfort et substituant à l’amour qui leur manquait un contact physique pour lequel elles payaient le gros prix. Les pourboires étaient plus généreux et les clients moins violents. Certains s’écroulaient en pleurant, ce que Cedrik trouvait pathétique, mais plus agréable que recevoir des coups.

Le jeune homme soupira en regardant l’heure. C’était presque Noël et il avait déjà perdu beaucoup de temps qu’il aurait pu rendre rentable. Il n’avait pas envie d’aller se vendre ce soir. Il craignait encore plus que les autres jours ces mains inconnues qui voudraient posséder son corps. Il refusait leur contact sur sa peau pale ainsi que celui des lèvres humides de ces hommes en mal de sexe sur son cou. Il avait honte d’avoir signé ce contrat invisible qui l’avait forcé à échanger son honneur contre de misérables dollars qui ne restaient jamais bien longtemps entre ses doigts.

Cedrik fixa les lumières de Noël posées par son colocataire quelques minutes. Comment des gens pouvaient-ils être si doués pour le bonheur quand d’autres ne semblaient connaître que les meilleurs moyens de s’enliser dans la misère? Manners savait qu’il avait l’intelligence et les moyens physiques pour réussir sa vie, tant qu’il acceptait qu’on reste à distance de lui et de son pouvoir cancérigène, mais il ne parvenait toujours qu’à s’enfoncer. Il y avait à l’intérieur de lui une noirceur qui le rongeait, une partie qu’il nourrissait de drogue, de sarcasmes et de souillures. Il n’essayait jamais de la chasser, n’ayant toujours pas trouvé de raison suffisamment bonne pour justifier de tels efforts. Son propre bien-être était loin d’être assez.

C’est le regard vide qu’il sortit de son sac une petite seringue qu’il venait de préparer. Il avait décidé de la consommer ici, finalement. De cette manière, elle aurait commencé à faire effet une fois qu’il serait à Tenderloin et la nuit serait moins difficile. Il déboutonna sa chemise noire au niveau du poignet gauche et remonta la manche jusqu’au-dessus de son coude. Il allait faire saillir une veine de son bras quand un bruit le fit sursauter. La porte de l’appartement s’ouvrit pour laisser apparaître Malcolm Gillian. La frustration et la surprise gagnèrent Cedrik un moment. Pourquoi Gillian revenait-il ici ce soir? Il devait rester avec sa famille encore plus d’une semaine pour se rappeler à quel point il était bien entouré et comment on l’aimait et l’admirait. Il n’avait rien à faire à la résidence le soir de Noël.


-Gillian?

Cedrik se hâte de remettre tout ce qu’il avait sorti de son sac à l’intérieur de celui-ci et de redescendre la manche de sa chemise. Néanmoins, il ne pensa pas tout de suite à reboutonner la manchette. Il éprouvait une certaine gêne à l’idée que Malcolm comprenne ce qu’il était en train de faire lors de son arrivée. Environ un mois plus tôt, il l’avait surpris en pleine crise et, depuis, Cedrik l’évitait. Il avait aussi limité sa prise de drogue à lorsque son colocataire préféré était absent ou à lorsqu’il était dans Tenderloin.

Manners avait fait une surdose de drogue et celle-ci lui avait imposé des hallucinations terribles desquelles il ne se souvenait que vaguement. Il se rappelait toutefois très bien la terreur et la souffrance. Il avait aussi en mémoire les bras solides de son colocataire qui s’était occupé de lui cette nuit-là. Il ne l’avait pas remercié, trop horrifié par ce qui était arrivé ainsi que par ce qu’il avait pu dire à l’autre jeune homme. Gillian avait été exagérément gentil et il devait y avoir une raison à cela, tel que le drogué le connaissait, mais il ne voulait pas la connaître, car il ne souhaitait pas que l’autre croie qu’il se cherchait des amis. Cedrik Manners voulait rester seul, car c’était ce en quoi il était doué.


-T’étais pas parti déballer tes nombreux cadeaux?

Malcolm Gillian arrivait à soulever chez Cedrik une curiosité maladive qui lui avait fait recevoir quelques coups par le passé, mais qui ne s’était jamais calmée. Encore ce soir-là, alors qu’il était évident que son colocataire n’était pas d’humeur, il commençait à le harcler.

Après avoir mis son sac à côté du sofa, Cedrik se dirigea à la cuisine et mit en marche le percolateur, car il savait que Malcolm se jetait dans le café le plus noir quand son moral était au plus bas, ce qui était certainement le cas puisqu’il était de retour en plein soir de réveillon.

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Malcolm Gillian

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MessageSujet: Re: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Dim 17 Nov - 21:35

Malcolm était toujours tenaillé entre deux eaux quand venait ce temps de l’année. Il ne savait pas s’il devait s’émerveiller devant toutes les lumières qui décoraient les résidences dans toutes les villes ou s’il devait plutôt éclater en sanglots. Quand il s’arrêtait devant une vitrine bien décorée et toute illuminée, Malcolm venait souvent avec les larmes aux yeux. Mais il ne savait jamais si c’était des larmes de joie ou de tristesse. Était-il content ou amer? Devait-il s’émerveiller de la joie, de l’allégresse et de l’amour qui régnait partout ou pleurer de ne pas y avoir droit? À une époque, le choix était facile, mais cette époque était désormais loin derrière lui. Le temps où il était tout petit, jeune, innocent et naïf était un minuscule souvenir dans l’esprit du Gillian. Désormais, c’était plutôt une immense mascarade d’hypocrisie et ça le rendait malade. Pour lui, les réjouissances du temps des Fêtes auraient été beaucoup plus agréables et nécessaires s’il n’avait pas eu à tremper avec sa famille. Pour eux, il se devait d’enfiler son masque du parfait jeune homme sans reproches, sans défauts et à l’avenir plus que prometteur. Il devait alors, une fois costumé selon les désirs de ses parents, comme un gentil petit garçon bien élevé sans dire un mot plus haut que l’autre. Il se devait de jouer aux garçons parfaits, parce que ses parents avaient trop honte de ce qu’il était réellement. Malcolm devait alors faire semblant d’être quelqu’un d’autre, parce que ses parents lui en voulait encore de ce qu’il avait été. Parce qu’ils avaient peur qu’il le soit encore.

Depuis le petit voyage dissimulé qu’ils l’avaient forcé à faire, Malcolm sentait que quelque chose avait changé entre eux. En fait, quelque chose s’était brisé. Quelque chose que même le temps ne pourrait réparer. Malcolm avait de la difficulté à comprendre ce qui était brisé, parfois il avait l’impression que c’était lui-même qui était cassé. Il avait alors envie de le crier à tout le monde, d’hurler à plein poumons qu’il voulait seulement qu’on l’aide, qu’on l’aime… Mais même sa voix lui en voulait pour une raison obscure. Il se taisait donc et ravalait une fois de plus ses sentiments. Malcolm sentait que ses parents lui en voudrait toute leur vie, quoi qu’il fasse, Malcolm ne réussirait jamais à enlever cette tache à son dossier. C ‘était comme un casier judiciaire. Peu importe que vous aillez voler une barre de chocolat à douze ans pour paraître cool et que vous ayez été poursuivi par le propriétaire en allant la retourner… ça allait vous suivre toute la vie. Sur votre lit de mort, à quatre-vingt-dix ans dépassé, on verra encore cette barre de chocolat en fouillant dans vos antécédents judiciaires. Le passé de junkie de Malcolm Gillian était la même chose. On pouvait presque dire qu’il avait un dossier judiciaire familial. Lorsqu’il les revoyait, il s’efforçait de n’avoir rien à se faire reprocher. Meilleures notes scolaires, allure impeccable, sourires et bonne humeur constante, acquiescer à l’opinion de ses parents, leur donner raison sur tout, faire tout ce qu’il lui demandait… Il avait souvent l’impression qu’il était dans un jeu et qu’il s’accumulait du crédit ou des points pour un prix formidable à la fin de la partie. Parfois, il réussissait même par finir par y prendre plaisir. Il s’imaginait le meilleur acteur du monde, le temps de quelques jours. Il ressortait de ce périple éprouvant avec un sentiment de satisfaction, en ayant l’impression d’avoir vraiment réussi à faire plaisir à ses parents.

D’habitude, il jouait le jeu plus longtemps. Il réussissait à garder son masque toute la durée des vacances, mais cette fois, ses parents avaient été trop loin, trop vite. Ils avaient osé parler contre Kelly, qui était partie en échange étudiant à l’étranger et qui ne pouvait donc pas être présente pour le réveillon de cette année. Malcolm n’avait tout simplement pas pu être indifférent et faire comme si de rien était, cette fois-ci. On ne pouvait s’attaquer à sa petite sœur chérie sans s’en prendre également à lui. Il avait donc pris la défense de Kelly, en spécifiant à quel point il admirait son audace et qu’il enviait sa chance d’être ailleurs pour les vacances. La table était demeurée sous le choc, en silence, quelques minutes, puis, sa mère avait éclaté en sanglots et quitté la table en trombe, en lui disant qu’il n’était plus le bienvenu ici. Son père s’était simplement levé tout doucement et lui avait pointé la porte sans même le regarder. Malcolm avait craché dans son assiette, puis avait été cherché ses affaires dans sa chambre à l’étage avant de partir de la maison. Sa mère l’avait suivie dans la cour, supplié de rester, d’oublier la conversation, de faire comme si de rien était… Elle l’avait tenu par le bras, puis s’était cramponée à la fenêtre ouverte de la voiture, mais Malcolm l’avait ignorée. Elle avait lancée cinq cadeaux en sa direction, seulement trois avait atteint la voiture et un seul avait pénétré l’habitacle. Malcolm avait ensuite pris la route, alors qu’il avait peut-être même un peu trop bu pour le faire, il avait conduit à toute allure, avec les yeux embués, mais était finalement revenu à sa résidence étudiante en un morceau. Et il avait été chanceux de ne pas croiser de patrouille de police, car il roulait bien au-dessus de la limite de vitesse. Ou alors celles qu’il avait croisées s’étaient senties indulgentes parce que c’était Noel…

En entrant dans l’appartement, Malcolm s’était pris les pieds dans le pas de la porte et était passé à deux doigts de se retrouver face contre terre. Une fois son équilibre repris, submergé par ses émotions, il avait donné un coup de pied dans la porte qui avait alors valsé contre le mur du couloir, puis il avait asséner un coup avec son sac dans le mur de l’autre côté.


-Gillian?

Malcolm avait sursauté, retenu sa respiration, essuyé ses yeux et déposer ses sacs en quelques secondes. Il ne s’attendait pas à ce que Cedrik soit à l’appartement. En même temps, c’était logique, il n’arrêtait pas de répéter à leurs colocataires qu’il n’avait pas de famille à aller rejoindre pour les vacances et qu’il resterait surement ici pour le réveillon. Malcolm avait écouté, mais avait oublié. Il s’en voulait de ne pas s’en être souvenu, car maintenant, Cedrik le verrait sous son moins beau jour…

-Yep.

*Parler au minimum, pour s’assurer que ma voix ne flanche pas…*

-T’étais pas parti déballer tes nombreux cadeaux?

Malcolm ne répondit pas et lança vers Cedrik le cadeau de sa mère qui était parvenu dans la voiture, puis se dirigea rapidement vers sa chambre sans même regarder plus longtemps quoi que ce soit. Il déposa ses sacs dans sa chambre et avait bien l’intention de s’y enfermer pour le reste des vacances. Il prit une grande respiration et sentit l’odeur subtile du café qui commençait à couler du percolateur. Odeur qui était absente lors de son arrivée. Ça voulait donc dire que c’était Cedrik qui l’avait mis en marche quand il été arrivé à l’appartement… Malcolm prit donc sur lui et retourna dans le salon. Il sortit deux tasses de l’armoire et les déposa sur le comptoir juste à côté de la machine à café avant de s’adosser sur le même comptoir, les yeux au sol en croisant ses bras sur sa poitrine.

-Désolé… J’aurais pas dû être bête avec toi… Joyeux Noel à toi aussi, Manners.

Malcolm leva alors les yeux vers Cedrik et lui fit un petit sourire en coin.

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Cedrik Manners

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MessageSujet: Re: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Dim 24 Nov - 19:26

Sa mère avait toujours été folle de Noël. Elle préparait les plus beaux présents et décorait la maison avec amour. Le sapin qui trônait dans le salon des Manners n’était pas comme ceux des magazines qui ont toujours des boules parfaitement assorties et un thème de couleurs bien réfléchi. Il était orné de toutes sortes de décorations dépareillées. Certaines dataient de plus d’une génération, comme ces petites cerises à peine luisantes qui n’avaient même pas un aspect vieillot pour charmer quiconque leur accordait de l’attention à travers les dizaines d’autres décorations plus jolies. D’autres étaient uniques dans le sapin, ayant été choisies une à une par coups de cœur sur les étalages des magasins. Il y avait aussi quelques boules pas très jolies faites par Cedrik et sa sœur. Des lumières multicolores donnaient une vie à l’arbre magique sous lequel attendaient patiemment les présents emballés avec soin.

Le premier Noël sans sa mère avait été affreux. Cedrik et son père avaient bien tout fait pour que cette fête ne soit pas ratée, mais comment égayer une famille dont le pilier venait de céder? Mme Manners était décédée en novembre, ce qui avait laissé très peu de temps à sa famille pour essayer de recoller les morceaux de cette vie qui avait éclaté après son départ. Certains traînaient encore près de l’arbre que son fils et sa fille avaient décoré, le plus âgé essuyant ses larmes pour que sa sœur ne les voie pas. Le réveillon s’était terminé assez tôt et, même si les présents avaient été bien choisis, aucun objet n’avait pu amoindrir l’absence qui alourdissait les cœurs. Le Noël suivant avait été plus agréable et, plutôt qu’une souffrance étouffante, la nostalgie s’était invitée à la fête. Puis, les Manners n’avaient plus fête Noël.

La sœur de Cedrik était morte en novembre, elle aussi. Mois maudit au sol gelé et aux yeux fermés. Son père et son frère ne s’étaient même pas consultés pour faire le choix de laisser tomber cette fête stupide qui soulignait à quel point ils étaient de plus en plus seuls. Le sapin était resté au grenier, avec les lumières de Noël tout emmêlées et cette drôle de couronne défraîchie que Cedrik avait faite quand il avait six ans. L’année suivante, Cedrik avait passé Noël complètement défoncé, comme tout le reste du temps des fêtes. Depuis sa fugue, Le jeune homme n’avait profité de Noël que pour obtenir des pourboires plus généreux pour ses services.

Ce soir, il était d’ailleurs dans ses plans officiels de suivre son habitude, mais il avait retardé son départ, encore et encore, comme dégoûté par ce qu’il allait encore faire. Il avait donc décidé qu’un petit shoot allait arranger les choses, comme toutes les autres fois. Cependant, son colocataire était arrivé en surprise. Il aurait bien sûr pu choisir de quitter l’appartement sans rien lui dire, mais quelque chose en lui avait envie d’autre compagnie que celle d’hommes seuls, vieux, laids et pathétiques en cette soirée qui avait autrefois été magique pour lui.

Manners reçut le projectile de Noël et leva les yeux vers son colocataire qui se dirigeait vers sa chambre. Avait-il aperçu des yeux rougis et luisants? Il devait avoir rêvé. Malcolm Gillian ne pouvait ressentir autre chose que la rage la plus virile et ennuyante qui existait. Néanmoins, vu son attitude, il était évident que sa soirée avait très mal tourné. Se pouvait-il que la famille Gillian soit imparfaite? Cedrik en était persuadé. Il percevait chez l’autre jeune homme une sorte de panique latente, comme s’il craignait perpétuellement de faire une erreur fatale et ce comportement n’était pas normal.

Malcolm finirait par revenir. Cedrik le savait trop curieux et trop attaché à ce qu’on pensait de lui pour se retenir de venir vérifier que son colocataire n’avait pas ouvert le paquet – lequel n’était évidemment pas pour Manners – et pour justifier son retour, surtout qu’il savait que l’autre jeune homme n’hésitait habituellement pas à le faire enrager sur tous les sujets possibles. C’est donc avec un petit sourire las que Cedrik écouta son colocataire revenir de sa chambre et il se leva du sofa où il était allé attendre pour le rejoindre près du comptoir, l’air de rien, sortant une petite cuillère.

Malcolm sortit deux tasses et Cedrik déposa la cuillère dans l’une d’entre elles, la sienne, et versa le café dans les deux tasses. Il avait depuis longtemps remarqué que l’autre homme buvait son café noir – quelle horreur!


-Désolé… J’aurais pas dû être bête avec toi…

-Oh ça va… Je ne t’aurais peut-être pas reconnu si tu avais été sympathique.


Cedrik était à demi moqueur. Il était vrai que Malcolm et lui avaient plutôt l’habitude des altercations que des gentillesses. Il leva les yeux vers lui et fut une fois de plus frappé par l’apparence physique exceptionnelle de son colocataire. Foutu Gillian avec sa gueule d’ange, ses iris hypnotisants et ses muscles bien saillants. D’ailleurs, il était encore plus charmant pour les yeux avec ses vêtements chics.

- Joyeux Noel à toi aussi, Manners.

Cedrik leva les yeux au ciel, mais ne put réprimer un sourire qu’il s’empressa de cacher dans le réfrigérateur en se penchant pour sortir la crème.

-Ouais, Joyeux Noël…

Il versa copieusement de la crème dans sa tasse avant de la remettre à sa place. Puis, il ajouta cinq cuillérées de sucre. Voilà qui serait un minium buvable.

Cedrik but une première gorgée de café – ou plutôt de crème aromatisée au café – en s’appuyant sur le comptoir, ni trop près ni trop loin de Malcolm.

-Tu l’ouvres pas?

Il avait pointé le cadeau que Gillian lui avait lancé, maintenant déposé sur le bout du comptoir. Son ton était innocent, mais le jeune homme crevait d’envie de harceler son colocataire de questions sur son retour si précoce à leur appartement. Néanmoins, il préférait attendre que l’autre parle avant de l’attaquer de front. Il ne voulait pas l’effrayer car, si Malcolm retournait dans sa chambre et l’abandonnait là si vite, Cedrik n’aurait aucune raison d’annuler sa petite soirée dans Tenderloin. Son regard se perdit quelques secondes sur les lumières de Noël posées par Drake.

-Je te préviens que je n’ai cuisiné aucune dinde de Noël, mais je me suis gâté et j’ai acheté plein de chocolats en forme de sapins en solde cet après-midi.

Il désigna les chocolats posés sur l’îlot de la cuisine. Il en avait déjà entamé un. Le sucre était une autre de ses addictions, mais celle-là ne le poussait pas à aller geler sur un trottoir en attendant qu’un pervers l’embarque.

-…tu ne repars pas ce soir chez ta famille?

C’était presque une supplication. Il avait parlé avec nonchalance, mais son regard était resté vrillé sur sa tasse de café.

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Malcolm Gillian

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MessageSujet: Re: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Ven 6 Déc - 10:43

[HJ : Oh. Mon. Dieu. Je l’aime tellement!!!!]


Quand il était petit, Malcolm Gillian adorait Noël. C’était bien évidemment à l’époque où il ne prenait pas conscience que le Père Noël n’existait pas et que ses parents lui mettraient la pression toute sa vie pour qu’il soit le petit garçon modèle. Il commençait à énerver ses parents dès le 3 novembre pour faire les décorations et le sapin tant convoité de ses petits yeux d’enfants. Il ramenait des branches de sapin et de pin de l’extérieur pour les installer en décoration dans différentes pièces de la maison, remplissant ainsi la maison de l’odeur naturelle du sapin et de la nature. Il fabriquait des flocons avec des feuilles de papier pliées puis découpées n’importe comment, des couronnes de Noël, des boules pour mettre dans le sapin plus tard ou encore des dômes à neige. Il écrivait religieusement au Père Noël à chaque année et attendait toujours sa réponse avec impatience, allant voir lui-même à chaque matin dans la boite aux lettres. Il se levait tôt pour admirer le sapin allumé de milles feux dans la pénombre matinale. Puis, quand approchait finalement le 24 décembre, il devenait complètement incontrôlable. Il chantait, dansait et riait tout le temps, trop content de voir quels cadeaux il aurait parce qu’il avait été bien sage toute l’année. Il voyait la magie de Noël partout, même qu’on disait parfois qu’il la devenait lui-même, tellement il rayonnait à cette époque de l’année. Ainsi, il restait éveillé le plus tard possible le 24, laissait des biscuits et du lait a Père Noël et allait au lit seulement quand son père l’y traînait de force. Souvent, petit Malcolm attendait de ne plus entendre de bruits dans la maison avant de se relever et d’aller se poster dans les escaliers, où il s’assoyait en haut et regardait dans l’immense salon en se croyant protégé des regards. Bien sûr, il finissait également par s’y endormir, cramponné à un barreau, la tête déposé contre un autre. Et donc, quand il rouvrait les yeux le lendemain, toujours dans les escaliers, il voyait la tonne de cadeaux qui l’attendait, dévalait les escaliers en criant et en pleurant de joie, réveillant par le fait même le reste de la maisonnée avec son énergie.

Quand sa sœur était née, Malcolm l’avait un peu vu comme un nouveau jouet. Un cadeau que ses parents lui avaient fabriqué, juste pour lui. Il s’était tout de suite promis de la protéger. Il était tellement content d’avoir une acolyte, une alliée. Il allait enfin avoir quelqu’un avec qui jouer, parce que ses parents étaient trop occupés et que les autres enfants n’avaient pas le droit de venir à la maison, en dehors des fêtes préparées à l’avance par ses parents. Ainsi, Malcolm enfant avait déjà passé beaucoup de temps avec lui-même et se réjouissait è l’idée d’avoir enfin de la compagnie. Kelly était née et elle était si petite et fragile, aux yeux de son frère, qui se faisait dire de lui faire attention, de ne pas la tenir comme ça, de ne pas lui montrer telle chose, de ne pas jouer avec ça près d’elle… Depuis toujours, Kelly avait été comme une petite poupée de cristal dans la famille Gillian, même s’il n’y avait, en fait, aucune raison de la protéger ainsi. Ses proches ne voulaient simplement pas qu’il lui arrive quoi que ce soit, car elle était comme un miracle. Ou plutôt un ange descendu parmi eux.

Maintenant, la magie de Noël était bel et bien disparue du cœur de Malcolm Gillian, qui comprenait la supercherie que Noël impliquait et qui comprenait toute l’hypocrisie qui régnait réellement en ce temps supposé de retrouvailles grandioses, d’amour et d’abondance. De plus, Kelly était suffisamment grande maintenant pour s’occuper d’elle-même toute seule. Elle lui faisait d’ailleurs souvent la remarque qu’elle n’avait pas besoin d’un deuxième père, quand Malcolm la réprimandait, la questionnait ou lui donnait des conseils. Malgré le fait que Kelly veuille son indépendance, Malcolm n’arrêtait pas de s’en faire pour elle et de l’aimer démesurément. Seulement, il prenait un peu ses distances avec elle par respect pour sa liberté, mais cela ne l’empêchait pas non plus de la défendre corps et âme en toutes circonstances, même contre ses parents. Pour Kelly, il acceptait de reprendre le rôle du petit garçon ingrat qui tenait tête à ses parents. Il retirait ainsi son costume du parfait petit chien dressé pour montrer les dents et japper contre ses maitres. Et Malcolm n’en avait aucun regret.

En entrant dans l’appartement, Malcolm avait été surpris d’y trouver Cedrik, puis avait été triste pour lui. Malcolm trouvait cela dommage que le Manners passe Noël tout seul, même s’il semblait qu’ils ne s’aimaient pas particulièrement, Malcolm était triste pour lui. Personne ne méritait vraiment d’être seul au réveillon de Noël. Quoi que, Malcolm se dit que tant qu’à être à une mascarade avec des gens qui le répugnait, il valait peut-être mieux être seul. Comme quoi le dicton avait raison : vaut mieux être seul que mal accompagné…


-Oh ça va… Je ne t’aurais peut-être pas reconnu si tu avais été sympathique.

Malcolm lui fit une grimace moqueuse. Bien sûr, ils n’étaient pas très proches l’un de l’autre et avaient même plutôt plusieurs divergences d’opinion, de valeurs et de comportements qui leur avaient valu de nombreuses prises de becs, mais il semblait à Malcolm qu’il n’était pas toujours si désagréable. Il faisait parfois de grands efforts pour être sympathique!

-Ouais, Joyeux Noël…

Malcolm nota que Cedrik n’avait pas l’air particulièrement content de ces vœux, mais n’insista pas. Ils avaient chacun leurs raisons de ne pas festoyer ce soir et ce n’était surement pas de ses affaires à lui si Cedrik ne portait pas Noël en son cœur. Le jeune Gillian fit une autre grimace, de dégoût celle-là, quand il vit Cedrik mettre tout ce sucre et toute cette crème dans son café. Comment pouvait-on dire qu’on aimait le café, alors qu’on cachait et diluait son arôme sous des édulcorants et des produits laitiers?

-Comment tu fais pour boire ton café comme ça? Ce n’est même plus du café!

Il rit de bon cœur puis prit une grande gorgée de sa propre boisson et soupira de contentement. C’était un des meilleurs moments de sa journée, boire ce café. Comme si le liquide chaud faisait lentement fondre la glace que ses parents avaient fait naitre sur son cœur. Comme si le café lavait son âme de toutes les atrocités qu’elle avait vécu pendant les quelques temps qu’il avait passé dans sa famille.

-Tu l’ouvres pas?
-Non. Je te l’ai donné. C’est à toi maintenant. Toi, ouvres-le.


Malcolm n’avait pas besoin de regarder ce que Cedrik lui montrait pour savoir exactement de quoi il parlait. Il porta finalement son attention sur le paquet cadeau au chou surdimensionné et trop bien emballé – sa mère avait dû le faire emballer par des professionnels - qui avait volé deux fois plutôt qu’un dans la soirée et ses yeux s’assombrirent. Il ne voulait pas savoir ce qu’il contenait. C’était surement un gadget électronique que personne ne savait vraiment à quoi il servait ou alors c’était une douzième montre Rolex de l’année. La plus chère et la plus brillante du magasin, comme toujours…

-Je te préviens que je n’ai cuisiné aucune dinde de Noël, mais je me suis gâté et j’ai acheté plein de chocolats en forme de sapins en solde cet après-midi.

Malcolm se déplaça pour aller vers le bout du comptoir, là où trônait les deux boites vedettes de la soirée. Il se permit de se prendre un chocolat dans la boite et poussa le cadeau vers Cedrik. La bouche pas complètement vide, il parla quand même:

-Chest parfa. Très bon. Au pire, on che commandewa oune pisa.

Malcolm rit et se prit une gorgée de café pour faire fondre le chocolat et le caramel qui lui étaient restés pris entre les dents.

-…tu ne repars pas ce soir chez ta famille?
-Oh que non!


Il avait répondu super vite et avait parlé d’une voix dure.

-Je suis définitivement de retour… Si tu avais des plans ne les change surtout pas pour moi, je comprends, c’est parfaitement normal de ne pas vouloir passer la soirée enfermé dans son appartement avec son gorille enragé qui sert de colocataire le soir du réveillon de Noël…

Malcolm fit un clin d’œil à Cedrik et se prit un autre chocolat qu’il engloutit rapidement. Secrètement, il espérait que Cedrik n’avait rien de prévu. Passer du temps avec lui ne lui semblait pas si pire ce soir, ou en tout cas, c’était franchement plus attirant que de se retrouver tout seul dans le noir avec son âme et sa conscience qui lui feraient surement regretter d’Avoir agi de la sorte chez ses parents…

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MessageSujet: Re: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Dim 5 Jan - 14:05

Boire du café noir… Fallait-il en vouloir à ses papilles gustatives! Il semblait à Cedrik que le goût pur du café dissolvait sa langue et sa gorge, dans une violence lente et brûlante. Il aimait le mélange du café avec le lait et le sucre et en buvait assez régulièrement. Comme son organisme était différent de celui d’un humain normal, il n’obtenait pas les effets énergisants que la caféine avait habituellement sur les gens, surtout si on considérait à quel point il l’écrasait avec d’autres ingrédients dans sa boisson. Déjà, avec les drogues dures, il fallait que Cedrik prenne une quantité supérieure à la normale pour obtenir les mêmes effets et il lui avait fallu des années, et non quelques doses, pour développer une dépendance physique, et celle-ci était moindre à celle des autres junkies avec lesquels il partageait Tenderloin. Déjà, la drogue n’affectait pas vraiment son apparence physique, contrairement à toutes ces âmes perdues qui se trimballaient un corps en décrépitude après quelques mois à abuser des paradis chimiques. Cedrik était cerné et pale, mais il devait cet état à son alimentation défaillante et à ses nuits trop courtes.

Cedrik faisait un bon salaire en tant que prostitué parce que, justement, son apparence était bien au-dessus des standards de Tenderloin. Cela lui permettait de refuser certains clients trop laids ou malpropres et de demander un tarif plus élevé. Bien sûr, il y avait toujours des clients qui préféraient aller voir les cadavres ambulants qui demandaient la moitié du prix de Manners, mais beaucoup choisissaient de payer plus pour une certaine qualité de la marchandise. Durant la dernière année, sa première à l’Université de San Francisco, Cedrik avait mis un peu de temps à développer un minimum de muscles, à peine visibles à cause de sa petite taille. Avec ses vêtements, le jeune homme avait donc l’air parfaitement inoffensif et fragile, et il l’était tout de même un peu, en réalité. Néanmoins, on pouvait distinguer sur son corps nu de fins muscles félins qui lui avaient été utiles surtout pour encaisser les coups de certains clients moins polis et bien élevés. Manners n’avait pas assez de temps pour s’entraîner sérieusement et, de toute manière, il détestait cette activité qui n’était ni intéressante ni payante. De plus, comme il se nourrissait mal, il lui était encore plus difficile d’être autre chose qu’un jeune homme à la taille fine à l’apparence un peu frêle.


-Comment tu fais pour boire ton café comme ça? Ce n’est même plus du café!

-Justement. Le tien goûte la mort.

Peut-être trouveraient-ils un jour un seul sujet sur lequel ils étaient d’accord, mais ce ne serait certainement pas la manière de boire du café.

-Me fait pas croire que tu trouves ça si bon..?

L’air de contentement presque stupide de Malcolm alors qu’il prenait sa gorgée de café était pourtant très convainquant. Cedrik plissa néanmoins le nez une seconde. Foutu Gillian et ses habitudes étranges.

-Ça doit quand même être mieux que quand tu le bois froid…

Manners surveillait assez son colocataire pour avoir remarqué qu’il s’imposait parfois du café noir et froid lors de ses longues nuits d’étude. Le jeune homme en avait eu une faiblesse dans les jambes la première fois qu’il en avait pris conscience. C’était tout simplement horrible.

-Non. Je te l’ai donné. C’est à toi maintenant. Toi, ouvres-le.

Cedrik fixa Malcolm quelques secondes, un commentaire sarcastique accroché au bord des dents, mais il baissa finalement les yeux sur le paquet et entreprit de l’ouvrir. Sans remercier son colocataire. Il savait bien que Gillian ne lui offrait pas vraiment un présent, mais qu’il se servait plutôt de lui comme poubelle. C’était assez facile à voir. Il ne dit cependant rien pour ne pas provoquer la bête.

-Une Rolex, rien de moins. Ta famille offre vraiment de la pacotille pour Noël, Gillian. T’es sûr que tu la veux pas?

La montre était naturellement à la taille de Malcolm qui avait des poignets évidemment plus gros que ceux de Cedrik. Néanmoins, ce ne fut pas ce détail qui vint en premier à l’esprit du jeune drogué en posant à nouveau les yeux sur l’objet.

-Avec ça, je me fais couper la main, dans Tenderloin…

Il avait marmonné, mais il ressentit un frisson glacial le parcourir en réalisant ce qu’il venait de dire. Il avait un tel don pour mettre de la joie dans l’ambiance des fêtes.

-Chest parfa. Très bon. Au pire, on che commandewa oune pisa.

Cedrik leva un sourcil avec un air vaguement amusé. Malcolm avait quelque chose de très bizarre, ce soir. Une sorte de désinvolture tout à fait inhabituelle. Peut-être avait-il un peu bu avant d’arriver à leur appartement…?

-Je suis définitivement de retour… Si tu avais des plans ne les change surtout pas pour moi, je comprends, c’est parfaitement normal de ne pas vouloir passer la soirée enfermé dans son appartement avec son gorille enragé qui sert de colocataire le soir du réveillon de Noël…

Oh oui, je préfère cent fois aller me faire passer dessus par des vieux cons esseulés et pervers. Cedrik eut un soupir discret. Son colocataire semblait vraiment croire qu’il était possible que quelqu’un ait envie de passer Noël avec lui. Était-ce de la naïveté, de la politesse ou une ruse débile pour le faire se sentir encore plus pathétique?

-Mes plans, tu es en train de les engloutir.

Il s’était forcé à avoir une voix enjouée, mais la réalisation que personne ne voulait de lui en ce soir de fête l’avait rendu un peu triste. Il prit un chocolat sans regarder Malcolm, le temps de se refaire une contenance.

-Alors, t’attends quoi pour commander la pizza?

Demi-sourire.

-Je la prends comme toi.

Fin du demi-sourire. Félicitations, Cedrik. Maintenant, le tyrannosaure va savoir que tu le surveilles assez pour avoir retenu comment il mange sa pizza. Vite, se rattraper.

-Tu as plus de goût pour la pizza que pour le café.

En baissant les yeux pour prendre un autre chocolat Cedrik eut un vertige glacial. Le bouton de manchette. Il le rattacha nerveusement, espérant que le colosse ne remarquerait pas tout ce que ce bouton détaché pouvait signifier.

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MessageSujet: Re: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Ven 14 Fév - 17:42

Malcolm ne comprenait vraiment pas comment on pouvait boire du café autrement que noir. Le goût du café était pur, intense, revigorant. Bien sûr, quand on prenait du café, on en prenait pour ses effets stimulants, ainsi on pouvait restés éveillés et fonctionnels plus longtemps, grâce aux effets qu’avaient les graines de café sur notre système. Par contre, c’était bien beau les effets recherchés, mais n’était-il pas important aussi de considérer le goût de ce qu’on buvait? Sinon, pourquoi faire la différence entre le café de qualité supérieure et le café plus ordinaire? Pourquoi faire ces deux cultures et essayer de vendre de la qualité si les gens noyaient le goût véritable de ce qu’ils achetaient sous des tonnes de produits différents? Il ne fallait pas seulement que cela soit excitant, il fallait aussi que ce soit bon. Et le café était à son meilleur seulement quand il était noir et qu’on goûtait pleinement à sa mixture. Le café était un peu comme l’alcool. Il y avait les puristes, ceux qui appréciaient vraiment le goût et le produit dans son entièreté, qui les buvaient à l’état pur, sans additifs pour cacher ou atténuer le goût. Puis, il y avait les autres, qui appréciaient seulement les effets que leur apportaient les boissons ingérées et n’avaient aucune idée de tout ce qu’ils manquaient en mélangeant mille et une choses à la boisson originale. Voir Cedrik boire ainsi son café comme si de rien était lui donnait comme un pincement au cœur en mémoire de tous ces grains de café qui avaient soufferts pour rien, au final.

-Justement. Le tien goûte la mort.

Malcolm éclata de rire. Un rire franc, un rire qui venait du fond du cœur et qui faisait tellement de bien, parce qu’il faisait fondre la glace à l’intérieur de Malcolm, peut-être encore plus que de boire ce café.

-Me fait pas croire que tu trouves ça si bon..?
-Hey bien, oui, je trouve ça si bon.


Malcolm balança doucement sa tête de droite à gauche avec un grand sourire au visage, puis il prit une autre gorgée, tout aussi délicieuse malgré que son colocataire tentait tellement de l’en dissuader.

-Ça doit quand même être mieux que quand tu le bois froid…

Malcolm s’étouffa presque avec sa gorgée tant il fut amusé et surpris à la fois de la réplique de Cedrik. Comment savait-il que Malcolm buvait assez régulièrement son café froid? Et comment pouvait-il continuer de critiquer la façon dont Malcolm prenait son café alors que lui-même le prenait de façon assez dégueulasse?

-Étrangement, c’est encore meilleur froid, tu sauras… mais… dis-moi, comment tu sais que je bois mon café froid, Manners?

Malcolm ne leva qu’il seul sourcil en guise d’interrogation et lui fit un clin d’œil taquin avant de reprendre une gorgée de café.

-Une Rolex, rien de moins. Ta famille offre vraiment de la pacotille pour Noël, Gillian. T’es sûr que tu la veux pas?
-Je sais. Mes parents devaient être plus serrés en raison de l’achat d’un deuxième chalet dans le sud et de leur nouvelle voiture, ils ont donc un peu coupé le budget Noel cette année, j’imagine…


Malcolm eut un petit sourire amer en disant ces phrases. Bien sûr, il utilisait l’ironie pour essayer d’exprimer ce qu’il ressentait vraiment concernant les dépenses de ses parents, et surtout de leur mode de vie en général. Il pensa une demi-seconde à sa sœur, puis l’effaça rapidement de ses pensées pour ne pas devenir trop émotif.

-Tu peux sérieusement la garder. Et c’est pas de la pitié ou quoi que ce soit de négatif que tu pourrais penser… c’est juste que je n’en ai ni besoin ni envie…
-Avec ça, je me fais couper la main, dans Tenderloin…
-T’auras qu’à plus y aller dans Tenderloin…


Malcolm fit une grimace à Cedrik. Il ne voulait pas paraître trop moralisateur ni rien, il aimait simplement mieux quand il savait Cedrik Manners en sécurité, malgré toute l’animosité qui pouvait exister entre eux deux, Malcolm l’aimait bien, au fond…

-Sinon, tu peux la vendre ou la donner à quelqu’un d’autre, puisqu’elle n’est de toute évidence pas à ta taille…

Malcolm se savait différent de d’habitude, seulement c’était sa vraie personnalité qu’il osait enfin montrer à Cedrik. Alcool aidant un peu, mais surtout euphorie et adrénaline d’avoir fait quelque chose de complètement fou en quittant la maison familiale un soir de réveillon, Malcolm avait retiré plusieurs de ses masques et il se sentait bien. Il se sentait vivant.

-Mes plans, tu es en train de les engloutir.

Malcolm, qui venait de porter un autre chocolat à ses lèvres suspendit son geste subitement et remis le chocolat en place dans la boite, un peu à la manière d’un enfant pris en plein flagrant délit de mauvais coup.

-Alors, t’attends quoi pour commander la pizza?

Malcolm eut un grand sourire. Il était content que Cedrik veuille bien passer du temps avec lui en ce jour de réveillon. Cela lui permettrait de se changer les idées et de ne surtout pas penser à sa famille et à ce que ce départ impoli aurait comme conséquences. Malcolm prit donc son cellulaire et l’ouvrit pour effectuer l’appel à la pizzéria. En le déverrouillant, il remarqua qu’il avait une vingtaine d’appels manqués et tous du même numéro : la maison familliale. Malcolm grogna en regardant l’écran de son téléphone puis supprima tous ces appels manqués pour ne plus jamais avoir à s’en souvenir.

-Je la prends comme toi.
-Et comment tu sais comment je la prends?


Définitivement, Cedrik était plein de surprises et d’énigmes. Cela plaisait de plus en plus à Malcolm.

-Tu as plus de goût pour la pizza que pour le café.
-Même chose pour toi…


Malcolm lui fit une nouvelle grimace avant de se retourner pour déposer sa tasse et ainsi composer à deux mains. Ainsi, il ne vit pas Cedrik rattacher son bouton de manchette et ne comprit pas tout ce que cela impliquait. La première pizzéria qu’il avait tenté de rejoindre était fermée pour Noel, mais la deuxième qu’il appela était ouverte et faisait même la livraison. Malcolm commanda donc le repas, puis reprit sa tasse et se dirigea vers le salon, espérant que Cedrik le suivrait. Malcolm commençait à avoir mal dans le bas du dos vu sa posture debout dans la cuisine et préférait attendre le livreur plus confortablement. Il s’avachit sur le fauteuil trois places de sorte à en prendre deux, involontairement. Il laissa pendre sa main sur le côté du sofa et sentit quelque chose contre sa main. Il s’étira le cou pour voir contre quoi il avait buté et reconnut tout de suite le sac de Cedrik. Il laissa sa main fouiller légèrement et discrètement dans ledit sac pour ne pas que le jeune Manners ne s’en rende compte.

-Alors, je perturbe pas trop tes plans de réveillon, dis…? T’avais peut-être organisé une soirée avec ton monde, voulant profiter de l’appartement vide, et là moi je débarque et fout tout en l’air…?

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MessageSujet: Re: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Ven 12 Déc - 21:23

Cedrik avait fini par comprendre que son colocataire avait eu une période de fraternisation destructrice avec la drogue.  Cette connaissance à son sujet l'aidait beaucoup à l'analyser. Cette activité le passionnait beaucoup d'ailleurs. Le jeune homme se perdait souvent à surveiller Malcolm ou encore à réfléchir à son sujet. Le colosse exerçait chez lui une fascination qui, sans être pathologique, inquiétait parfois celui qui en était victime. Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher d'essayer de comprendre l'autre homme. Comment Gillian arrivait-il à être si irréprochable alors qu'il avait, par le passé, choisi de le laisse couler dans le poison? Son comportement à la limite de l'obsession de la perfection se justifiait-il spécifiquement par cette période sombre de sa vie ou faisait-il partie de lui depuis beaucoup plus longtemps?

Il était facile de se dire que Malcolm se raccrochait à représenter le citoyen idéal pour se détacher de cette loque traversée d'aiguilles toxiques qui ne disparaitrait jamais complètement de sa mémoire - car les souvenirs les plus tenaces sont toujours ceux qu'on voudrait oublier. Peut-être que son comportement si idéal n'était qu'une manière de demander pardon pour le mal qu'il avait fait autour de lui et, aussi, pour le mal qu'il s'était infligé. Il était possible que le jeune Gillian cherche à se racheter aux yeux de ses parents pour la honte de laquelle il les avait accablés, et il se pouvait aussi que ce fusse sa propre conscience qu'il essayait de blanchir en étant aussi vertueux qu'il avait été méprisable. Cette théorie faisait du sens, mais Cedrik en avait tellement qu'il ne savait plus sur laquelle il valait le plus la peine de se pencher.

L'évidence restait tout de même que le goût ignoble de Gillian pour le café noir n'était certainement pas étranger à son passé de junkie. Cedrik avait remarqué, à force de passer du temps dans Tenderloin et, plus précisément, avec lui-même, que les drogués n'aimaient rien autant que se faire du mal. Boire du café noir était assurément l'action la plus masochiste qu'une personne puisse choisir de s'infliger.

Cedrik fut un peu ébranlé par le rire de Malcolm.  Il n'avait pas du tout l'habitude de le voir si joyeux. Un petit sourire se fraya un chemin jusqu'à ses lèvres alors qu'il scrutait le visage de son colocataire pour ne manquer aucun détail de cette joie si rare.


-Hey bien, oui, je trouve ça si bon.

Il était complètement fou. Autant boire de la lave en fusion plutôt que du café noir. Cedrik allait lui répliquer qu'il devait avoir le goût dérangé, mais le sourire de Malcolm lui fit suffisamment perdre la carte pour qu'il oublie ce qu'il allait dire. Ce connard de Gillian était encore plus magnifique quand il souriait. C'était assez frustrant.

-Étrangement, c’est encore meilleur froid, tu sauras…

-Encore meilleur...froid...

Manners cligna des yeux quelques fois avec incrédulité.

-Va falloir te faire enfermer, Gillian. Tu es définitivement inhumain.

Le café noir revêtait une horreur particulière aux yeux du jeune homme, mais le café froid représentait une forme avancé d'insulte. Alors, pour ce qui était du café noir ET froid...

-Mais… dis-moi, comment tu sais que je bois mon café froid, Manners?

Cedrik arrondit les yeux une seconde avant de les détourner rapidement. Il n'avait aucune excuse valable à fournir à Malcolm. Il ne pouvait certainement pas lui avouer qu'il s'intéressait à lui de manière qui pouvait être considérée comme déplacée alors qu'ils n'étaient même pas amis et qu'il notait mentalement chaque détail insignifiant le concernant. Il était hors de question qu'il crache à Malcolm Gillian que sa présence était son contact le moins dégoûtant avec le genre humain et que cela lui suffisait pour avoir envie de le materner à distance. Il lui fallait donc une défense efficace et rapide: un commentaire tranchant servi sur fond sarcastique.

-Faut que je cultive le mystère, Gillian. De toute manière, si je te dis comment je le sais, on risque que tu t'étouffes encore de surprise et il est encore un peu tôt pour que je te réanime avec un bouche-à-bouche spécial de Noël.

Ce genre de commentaire risquait de fâcher le colosse, mais Cedrik était prêt à en prendre le risque pour éviter un interrogatoire qui ne se terminerait certainement pas à son avantage. Le malaise qu'il avait essayé de créer serait peut-être suffisant pour faire taire les interrogations de Malcolm.

-Je sais. Mes parents devaient être plus serrés en raison de l’achat d’un deuxième chalet dans le sud et de leur nouvelle voiture, ils ont donc un peu coupé le budget Noel cette année, j’imagine…

La famille Gillian faisait partie de cette minorité qui pouvait presque tout s'offrir. Elle représentait le rêve de toute personne des classes moyenne et pauvre. Elle devait même faire baver d'envie les autres familles riches. Cedrik n'avait aucun mal à imaginer à quel point les Gillian devaient irradier l'opulence et le succès, juste à voir comment leur fils avait une facilité à arborer une perfection que les gens normaux ne pouvaient même pas imaginer atteindre.

-Tu peux sérieusement la garder. Et c’est pas de la pitié ou quoi que ce soit de négatif que tu pourrais penser… c’est juste que je n’en ai ni besoin ni envie…

Cedrik enregistra très bien que son colocataire considérait qu'il pouvait penser qu'on éprouvait de la pitié à son égard. Il faudrait qu'il veille à avoir une image légèrement moins lamentable. L'idée qu'on le plaigne l'ennuyait passablement.

-T’auras qu’à plus y aller dans Tenderloin…

À la grimace de Malcolm, il répondit d'un roulement d'yeux et d'un petit sourire. Il n'avait ni l'envie ni l'obligation de lui rendre des comptes sur les lieux qu'il fréquentait, mais il remarqua l'effort de l'autre homme pour alléger l'atmosphère et s'asbtint d'un commentaire qui aurait très certainement plombé l'ambiance. Cedrik avait un tel don pour la fête.

-Sinon, tu peux la vendre ou la donner à quelqu’un d’autre, puisqu’elle n’est de toute évidence pas à ta taille…

-Elle est à ma taille si je la porte en ceinture.

L'humour pur, sans sarcasme ou noirceur, n'était pas la spécialité de Cedrik. Il faisait un spécial pour l'autre jeune homme qui se montrait si étrangement agréable ce soir.

-Alors, t’attends quoi pour commander la pizza?

-Que tu cesses de faire l'enfant...mais je pense que je vais cesser d'attendre pour éviter de mourir de faim.

Cedrik porta la main à son téléphone pour commander, mais suspendit son geste en voyant son partenaire de réveillon sortir son propre cellulaire. Il observa la bonne humeur de Malcolm s'éclipser alors que ses yeux se posaient sur l'écran, mais il resta silencieux. Il avait remarqué par le passé qu'essayer de faire parler Gillian était souvent synonyme de relâcher la bête.

-Et comment tu sais comment je la prends?

-À cause des très rares fois où tu gardes des restes, glouton.

Au moins, cette fois-ci, l'excuse était facile et logique.

Une fois au salon, en voyant que Malcolmzilla prenait deux places à lui tout seul sur le sofa, Cedrik choisit le fauteuil à une place, tout près dudit sofa, placé perpendiculairement à celui-ci. Sa position l'empêchait de voir ce que l'autre jeune homme faisait.


-Alors, je perturbe pas trop tes plans de réveillon, dis…? T’avais peut-être organisé une soirée avec ton monde, voulant profiter de l’appartement vide, et là moi je débarque et fout tout en l’air…?

Cedrik baissa brièvement les yeux et esquissa un demi-sourire. Comme s'il avait pu avoir des plans avec quiconque... Naturellement, Gillian ignorait la solitude qu'il s'était imposée. Logiquement, il aurait dû avoir des amis et une famille, mais il ne possédait rien de plus que les seringues qu'il avait sagement cachées dans son sac. D'ailleurs, le jeune homme ne se doutait aucunement que son colocataire puisse même songer à fouiller dans ses affaires...

En moins d'une seconde,  Mannes avait relevé les yeux avec une réplique vaguement humoristique au bord des lèvres. Il avait rapidement décidé de blaguer sur une histoire de danseur qui allaient débarquer pour ensuite rire et simplement contourner la question en disant que la présence de son colocataire allait lui servir d'excuse pour éviter une soirée d'un ennui prodigieux. Toutefois, en rencontrant le regard de Malcolm, il n'eut pas envie de mentir, à la fois parce qu'il espérait un peu naïvement l'honnêteté de son interlocuteur en échange de la sienne, mais surtout parce qu'il se sentait incapable d'une telle hypocrisie, soudain.


-Je n'avais pas de plans, ça va Gillian.

Il se força à sourire, mais toute joie avait déserté son regard. Son isolement venait encore de le frapper durement.[/color]

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MessageSujet: Re: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Lun 14 Déc - 14:47

Encore aujourd'hui, Malcolm avait beaucoup de pression. De ses parents, de ses professeurs et de lui-même. Pour ses parents, il n'était plus le petit garçon parfait qu'ils voulaient. L'image pratiquement sacro-sainte de la famille Gillian avait été anéantie par le passé, par la faute de Malcolm et ses parents lui en voulait. Ils lui rappelait aussi souvent qu'ils le pouvaient, en lui répétant à quel point il les avaient déçus et à quel point ils avait investis pour lui depuis sa naissance et à quel point ils avaient dû travailler fort pour que ses bévues n'entâchent pas la famille... Ils lui mettait donc la pression pour qu'il essaie de revenir le petit garçon parfait qu'il avait été. Pour ses professeurs, Malcolm devait garder sa bonne cadence pour conserver sa moyenne près de l'excellence, s'il voulait réussir ses rêves de carrière. Ils le prenaient donc souvent en exemple dans les cours, lui demandait plus souvent que les autres de répondre aux questions en classe et corrigeaient toutes ses copies en premier. Ils lui mettaient donc la pression pour qu'il reste le petit élève modèle qu'ils connaissaient. Finalement, Malcolm se mettait la pression lui-même pour ne laisser tomber personne une fois de plus et pour rester en forme. Il croyait au dicton d'un esprit sain dans un corps sain. Il croyait aussi que l'oisiveté était la mères de tous les vices. Malcolm s'imposait alors des horaires surchargés, se prévoyait plus de périodes d'études que nécessaire et des séances d'entraînement régulières. Il se mettait la barre haute pour ne jamais retomber dans la normalité. Il se mettait donc la pression pour ne pas se décevoir.

Avant, il se serait fait un petit shoot pour se calmer et rester constant. Depuis son séjour en centre de désintoxication, il avait trouver d'autres moyens de gérer ses émotions et la pression qu'il avait. Souvent, son moyen le plus efficace était une séance de jogging. Peu importait la température, il enfilait ses espadrilles et sortait courir au minimum 5 km, sinon jusqu'à ce qu'il ne ressente seulement la brûlure de l'effort dans sa gorge. Et si, après cela, il avait encore besoin d'évacuer quelque chose, il allait au gym lever des poids ou faire sa routine de musculation. Et si, après cela, il avait toujours besoin de se détendre, il écoutait de la musique avec ses écouteurs, couché dans le noir sur son lit. et si, après cela, il avait toujours besoin de faire sortir quelque chose, il allait faire un tour de voiture. Se promener sans but, en écoutant vrombir son moteur pendant des heures était très relaxant pour Malcolm Gillian. Mais bref, tout sauf un shoot de drogue, désormais.

Le café noir et idéalement froid l'aidait aussi à se concentrer.


-Encore meilleur...froid...

-Oui parfois je fais même exprès d'attendre qu'il refroidisse avant de le boire.

-Va falloir te faire enfermer, Gillian. Tu es définitivement inhumain.


Malcolm prit un air menaçant et un sourire machiavélique avant de répondre :

-Tu devrais peut-être te méfier alors...

Puis, son visage se transforma en un air joyeux, car il se trouvait drôle. Et il trouvait attachant que Cedrik semble mal-à-l'aise de sa question. Il y avait anguille sous roche, quelque chose à cacher. Malcolm avait envie d'en apprendre plus. Décidément, il devenait débile...

-Faut que je cultive le mystère, Gillian. De toute manière, si je te dis comment je le sais, on risque que tu t'étouffes encore de surprise et il est encore tôt pour que je te réanime avec un bouche-à-bouche spécial de Noël.

Malcolm se renfrogna. Il n'aimait pas les semi-avances humoristiques de Cedrik. Il agrandit les yeux de surprise et regarda son breuvage, en ne répondant rien. Heureusement, la discussion prit une autre tournure et la tempête fut évitée. Cedrik qui roulait les yeux fit sourire Malcolm.

-Elle est à ma taille si je la porte en ceinture.

Malcolm éclata d'un rire franc et fort.

-Ouh, là, elle était bonne celle-là!

Malcolm avait plus de plaisir que prévu. Il avait cru revenir chez lui et manger des céréales seul devant une reprise de quelque chose et voilà qu'il riait plutôt de bon coeur, et avec Manners en plus. Il devait vraiment exister une magie de Noël.

-Que tu cesses de faire l'enfant...mais je pense que je vais cesser d'attendre pour éviter de mourir de faim.

Si Malcom avait eu envie de faire sa meilleure imitation de bébé a Cedrik, cette envie était passée quand il avait regardé son cellulaire.

[color:6669= green]-À cause des très rares fois où tu gardes des restes, glouton.

-Je suis pas glouton, j'ai juste un bon appétit. C'est signe de santé, tu sauras...


Au salon, Malcolm sentait qu'il serait mieux de ne pas fouiller dans les affaires de Cedrik, mais il avait cette envie folle d'en apprendre plus sur son colocataire et la moindre information pourrait être utile pour nourrir sa curiosité.

-Je n'avais pas de plans, ça va Gillian.

Malcolm remarqua le léger voile sur le visage de Cedrik. Et, vu sa réponse, il compris que c'était en rapport avec cela. Il ne voulait pas le rendre triste et n'insista donc pas, même s'il trouvait étrange que Cedrik n'ait personne du tout avec qui passer Noël. Sa famille n'était pas exemplaire, mais il se savait entouré en cas de besoin, ce qui était rassurant malgré tout.

-Bon, eh ben tant mieux alors, parce que je ne retournerai pas là-bas. Je reste ici, à engouffrer des tonnes de pizzas, avec mon colocataire préféré...

Malcolm continuait toujours de fouiller subtilement dans le sac de Manners et fini par toucher quelque chose qui lui était familier. Intrigué, il continua de tâter l'objet en question, puis, on sonna à la porte.

-Ça doit être le livreur de pizza... Je suis si bien installé, ça te dérange d'y aller, svp? Mon portefeuille est sur la tablette de l'entrée, merciiii!

Pendant que Cedrik se rendait à la porte et qu'il réglait la facture, Malcolm se pencha vers le sac et se mis à fouiller à deux mains pour sortir ce qu'il avait cru reconnaître. Et c'était exactement ce qu'il pensait. Dégoûté et frustré, il décida de sortir le nécessaire pour passer un bon moment. Il installa donc bien en vue sur la table du salon des seringues, des sachets et des garrots de caoutchouc. Il s'assoya sur le bout du divan, les jambes écartées, les coudes sur les genoux et le menton dans ses paumes, en regardant fixement les coupables. Il entendit Cedrik refermer la porte et s'approcher du salon.

-Tu avais clairement prévu un petit plan avec toi-même, en tout cas... Quel magnifique festin de Noël tu as...Tu partages...?!

Malcolm ne regardait pas son colocataire, parlait les mâchoires serrées, mais sur un ton qui se voulait désinvolte.

-Ou tu t'empoisonnes tout seul?!

Malcolm se leva et fit quelques pas en direction de Cedrik, en croissant les bras sur sa poitrine.

-Après tout le mal que cette cochonnerie t'as fait, et c'est seulement le peu que j'ai vu qui me permet de te parler franchement, je peux pas croire que tu continues à en prendre... Seriously, Manners?!

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MessageSujet: Re: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Dim 20 Nov - 22:16

Cedrik avait commencé l'exercice physique, il y avait un certain temps, dans un but tout autre que se sentir bien : il avait envie d'être plus imposant. Il ne souhaitait pas atteindre le niveau hulkesque de Malcolm, mais il espérait tout de même ne plus passer pour la petite chose sur laquelle taper pour se défouler. Il avait réussi à gagner un peu de masse musculaire mais, comme il se nourrissait très mal et, bien sûr, à cause de la drogue, son corps ne prenait pas d'expansion très rapidement.

-Tu devrais peut-être te méfier alors...

Il y avait quelque chose de surnaturel à cet instant avec Malcolm. Depuis quand étaient-ils capables de s'amuser ensemble? N'était-ce pas tout à fait étrange d'avoir cette subite complicité alors que, tant de fois, ils s'étaient opposés? Quelque chose avait changé, quelques semaines plus tôt, quand Malcolm s'était occupé de lui durant son overdose. Pouvait-il l'appeler un ami? Son seul ami. Il ne fallait pas pousser, quand même.

Cedrik fut satisfait de constater que sa remarque avait eu l'effet escompté. Ainsi, il n'avait pas besoin de donner une explication convenable ou, pire, de révéler la vérité à Malcolm sur les raisons de ses connaissances si poussées à son sujet. Le jeune homme n'avait pas du tout envie d'essayer de faire paraître normale sa tendance à observer tout ce que faisait son colocataire. Il savait que son comportement était bizarre, et ce, depuis un bon moment. Avait-il essayé de le corriger? Bien sûr que non. S'intéresser à Malcolm Gillian lui faisait autant de bien qu'un petit shoot sauf qu'en bonus, il éprouvait une délectable crainte d'être remarqué et il ne ressentait pas la terrible culpabilité qui le gagnait presque invariablement quand la drogue cessait de faire effet.


-Ouh, là, elle était bonne celle-là!

Cedrik eut un petit sourire très sincère. Il appréciait vraiment ce moment surnaturel de joie avec Malcolm. Il devait s'agir de cette stupide magie de Noël qui refaisait surface après des années d'absence.

À l'époque, la mère de Cedrik était encore plus belle à Noël que les autres jours. Elle rayonnait de cette magie du temps des fêtes que tous les films sur le sujet ne cessaient de mettre de l'avant. La maison entière résonnait de cette joie qu'elle savait mettre dans chaque occasion spéciale. Noël était un moment de l'année où elle manquait à son fils encore plus qu'à l'habitude, parce que des parties d'elle semblaient ressurgir dans tous les sourires émerveillés, dans chacune des décorations brillantes et à chaque clignotement de lumières colorées. Les airs musicaux de cette période de l'année frappaient toujours Cedrik en plein lui rappelant vivement, mais sans image précise, tout le bonheur qu'ils avaient autrefois souligné.


-Bon, eh ben tant mieux alors, parce que je ne retournerai pas là-bas. Je reste ici, à engouffrer des tonnes de pizzas, avec mon colocataire préféré...

Cedrik fut à la fois déçu et soulagé que Malcolm ne le questionne pas. Une partie de lui aurait voulu s'ouvrir, chasser un peu cette dévorante solitude à l'intérieur. Une autre appréciait la possibilité de garder le silence sur des malheurs qui ne semblaient avoir aucune solution.

-Ça doit être le livreur de pizza... Je suis si bien installé, ça te dérange d'y aller, svp? Mon portefeuille est sur la tablette de l'entrée, merciiii!

-À vos ordres…


Il avait adopté un ton jovial et un air exagérément exaspéré, et il s'était rapidement levé pour aller répondre au livreur. Malcolm avait passé une horrible soirée avec sa famille et Cedrik souhaitait que celle-ci se termine le mieux possible. Il revint au salon avec la pizza en moins de deux minutes.

-Tu avais clairement prévu un petit plan avec toi-même, en tout cas... Quel magnifique festin de Noël tu as...Tu partages...?!

Son regard se posa avec horreur sur le contenu de son sac maintenant répandu sur la table du salon et il dut resserrer les doigts sur la boîte de la pizza qui avait commencé à lui glisser des mains alors que les mots de l'autre jeune homme l'avaient suspendu dans ses mouvements.

-Malcolm...

Il avait le ton le plus désolé du monde, mais cela ne changeait rien à la situation et n'était en rien une bonne défense.

-Ou tu t'empoisonnes tout seul?!

-Arrête…


Toujours ce ton misérable, mais le volume de sa voix avait descendu d'un cran. Pourquoi décevoir Malcolm – parce qu'il était évident que c'était ce que son colocataire ressentait – le désolait-il à ce point?

-Après tout le mal que cette cochonnerie t'as fait, et c'est seulement le peu que j'ai vu qui me permet de te parler franchement, je peux pas croire que tu continues à en prendre... Seriously, Manners?!

Paralysie. Il était incapable de répondre. Ou de bouger. Pourtant, en voyant son colocataire se lever, il avait eu envie de reculer, et cette impulsion était perceptible dans la manière dont son corps s'était légèrement redressé et crispé en penchant légèrement les épaules vers l'arrière. Il resta ainsi plusieurs secondes, figé devant l'autre jeune homme, agrippé à la boîte de la pizza comme s'il s'agissait d'une bouée. Étouffé par le silence acide qui lui dissolvait les cordes vocales, il n'arrivait qu'à fixer Malcolm avec un mélange de désespoir et d'effroi. Puis, brusquement, il eut de nouveau accès à son cerveau qui lui envoya des signaux empoissonnés par toutes les émotions que ses projets de Noël avaient eu pour but d'engourdir.

-Tu ne connais rien de ma vie, lança-t-il d'un ton glacial légèrement tremblant. Tu n'as aucun droit de te mettre en colère contre moi pour ce que je fais qui ne te concerne pas ni de fouiller dans mes affaires.

Habituellement, ce type d'attitude sécurisait Cedrik et lui permettait de reprendre le contrôle. Toutefois, à cet instant, sentant la boîte de la pizza légèrement écrasée entre ses doigts que la crispation commençait à engourdir et ayant très bien noté le manque d'assurance dans sa voix, le jeune homme sentait que ce n'était pas suffisant. Son regard déjà froid s'assombrit un peu plus.

-Mène ton existence parfaite, si ça te chante, mais ne t'attends pas à ce que tout le monde se conforme à ta vision de la perfection juste parce que, à tout instant, tu peux devenir violent avec ceux qui te déplaisent.

Son ton était devenu tranchant. Attaquer plutôt que baisser sa garde. Il s'était déjà montré plutôt lamentable au début de cette altercation et la seule volonté qui l'habitait à cet instant était celle d'écraser celui qu'il percevait maintenant comme un ennemi.

-Je comprends que tu n'arrives même pas à t'entendre avec ta famille le soir de Noël vu comment tu as besoin de tout contrôler.

Dès que les mots eurent franchi ses lèvres, il sentit une lame invisible lui traverser la poitrine. Il était allé trop loin, il en était convaincu.

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Malcolm Gillian

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MessageSujet: Re: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Lun 28 Nov - 16:29

Malcolm aimait regarder la neige tomber. La pluie aussi en fait. Il adorait les orages, il n'y avait rien de plus spectaculaire pour lui que les stries de lumières laissées par les éclairs qui traversaient le ciel, mais elles n'étaient pas vraiment de saison en ce moment. Malcolm se contentait donc des flocons pour l'instant. Le jeune homme n'était quand même pas un passionné de la neige. Ne faisant pas de sports d'hiver, il appréciait son spectacle et les paysages qu'elle laissait, mais il aurait pu aussi s'en passer.

Depuis qu'il était tout petit qu'il avait aimé observer la neige tomber. Il s'installait à genoux devant la grande fenêtre du salon, le menton dans ses mains et il entrait en état de contemplation. Il se perdait dans ses pensées, se mettant à se questionner sur le sens de la vie et sa place en ce monde. Il pouvait passer des heures là, dans la me position, à penser et à regarder la neige tomber. Enfant, il allait même jusqu'à sortir avec sa loupe à la fin d'une accumulation de neige pour réussir à trouver les différents spécimens de flocons.

Aujourd'hui, il ne sortait plus sa loupe, mais quand il sortait et qu'il neigeait encore, il vérifiait toujours s'il était capable d'en voir clairement sur son véhicule ou sur son manteau. Et il les observait aussi longtemps qu'il pouvait. Aussi, à chaque première neige, il sortait faire une virée de drift avec sa voiture et cela l'emplissait de joie. Sinon, quand la neige tombait du ciel, qu'elle soit légère, mouillée, poudreuse ou lourde, il s'installait confortablement dans son lit, visage vers la fenêtre, rideaux grands ouverts et lumière fermée, afin de bien voir les flocons tomber. Il pouvait passer des heures à contempler les flocons. Cela le calmait et l'émerveillait.


-À vos ordres...

-Enfin tu prends la place qu'il faut. Une petite révérence en plus la prochaine fois s'il-te-plaît.


Malcolm aurait voulu pouvoir rester léger et amusant avec Cedrik. Oublier son début de soirée minable et essayer de faire comme s'ils étaient des colocataires normaux. Il aimait passer du temps avec Cedrik et que ça se passait bien. Il était bien avec lui quand ils pouvaient être juste eux, ensemble, à parler de tout et de rien et à rigoler ensemble. Ça n'arrivait pas souvent, mais Malcolm se rappelait de chacune de ces fois.

Ce soir, quand il était arrivé chez ses parents, une très fine neige tombait doucement. Tellement doucement que c'était presque comme une caresse. Quand il était ressorti, elle s'était arrêtée. On voyait à peine son accumulation, mais elle était bien là. Malcolm avait espéré tout le long du trajet de retour qu'elle recommencerait. Il aurait aimé pouvoir regarder la neige ce soir. Avec Cedrik même. Mais c'était avant qu'il ne découvre les plans initiaux de son colocataire.


-Malcolm...

Malcolm avait désormais seulement envie de déverser sa déception, sa hargne et son incompréhension au visage de Cedrik.

-Arrête...

« Pourquoi j'arrêterais? Pour t'épargner? Pour que tu puisses continuer ta soirée comme si de rien était ? » Malcolm n'avait bien sûr pas l'intention de s'arrêter là. Il devrait aller au bout de son idée.

-Tu ne connais rien de ma vie. Tu n'as aucun droit de te mettre en colère contre moi pour ce que je fais qui ne te concerne pas ni de fouiller dans mes affaires.

Malcolm remarqua que les doigts de Cedrik crispés sur la boîte de pizza.

-Mène ton existence parfaite, si ça te chante, mais ne t'attends pas à ce que tout le monde se conforme à ta vision de la perfection juste parce que, à tout instant, tu peux devenir violent avec ceux qui te déplaisent.

Malcolm eut un petit rire, qui ressemblait à un soupir. Cedrik devenait ridicule. Il ne le comprenait définitivement pas. Et il n'essayait même pas.

-Je comprends que tu n'arrives même pas à t'entendre avec ta famille le soir de Noël vu comment tu as besoin de tout contrôler.

Malcolm fit un pas vers Cedrik et le prit par le collet pour le faire reculer jusque dans un mur. Avec un avant bras sur ses clavicules pour l'empêcher de bouger, il leva l'autre main, qui était en poing, vers son colocataire, hésita, puis l'envoya dans le mur. Il ne se recula pas, laissant son poids sur Cedrik avant de lui dire:

-Ouais, parce que toi, tu peux me juger. Toi tu peux devenir méchant avec moi juste parce que je te de plais. Ouais parce que toi tu connais si bien ma vie. En détails, en profondeur, en long et en large, hein Manners?!

Malcolm mis un peu plus de poids sur les clavicules de Cedrik.

-Je ne te dirai pas que je n'ai pas envie de frapper sur ta petite gueule de fendant, mais contrairement à toi, je sais quand il vaut mieux ne rien dire ou ne rien faire. Surtout si ça pourrait blesser l'autre de quelque façon que ce soit...

Malcolm relâcha Cedrik et tourna les talons. Comme il se dirigeait vers sa chambre, il lança:

-Tu fais ce que tu veux maintenant, je vais dans ma chambre. Tu n'auras plus à faire semblant de vouloir passer du temps avec ma si violente et si horrible personne.

Il ouvrit la porte de sa chambre et la referma derrière lui en la claquant, puis de l'intérieur de sa chambre il cria un : « Joyeux Noël ! », avant de se laisser tomber sur son lit sur le dos, les poings serrés.

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MessageSujet: Re: Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël] Ven 24 Fév - 20:28

Des images de sa mère lui revenaient souvent quand Noël approchait. Il n'essayait pas toujours de les chasser... Que ce soit alors qu'elle cuisinait, ses cheveux en bataille retenus par une grosse pince, ou quand elle se tenait près du sapin vêtue de sa plus belle robe, un cadeau dans les mains, elle était radieuse, magnifique. Inoubliable. Cedrik avait maintes fois été frappé d'un sentiment de gravité extrême en la voyant si débordante de bonheur et de vie, et ce, avant même qu'on lui découvre la maladie qui avait définitivement fermé ses yeux. Mme Manners avait été de ces gens qui rendaient les beaux moments plus importants.

Cedrik aimait, lui aussi, observer la pluie, la neige et, spécialement, les orages. Il aimait être à l'abri du côté sec et chaud de la fenêtre pendant que la nature se déchaînait sous ses yeux. Malcolm et lui s'étaient probablement retrouvés quelques fois dans la même position à quelques mètres l'un de l'autre, à observer San Francisco se soumettre aux intempéries.

Ce soir, malgré leur proximité initiale, malgré l'apparente magie de Noël, les deux hommes n'avaient pas pu laisser les tempêtes dehors. Cedrik ressentit durement le mur dans son dos. La boîte de la pizza, tombant au sol, ne s'ouvrit pas. Celui qui l'avait échappée eut la rapide pensée qu'il serait ainsi beaucoup moins long de la ramasser et la jeter avec honte. Le coup de poing de Malcolm dans le mur le fit sursauter et oublier la pizza. Il se surprit à regretter, pendant une seconde, que celui-ci ne se soit pas abattu dans son visage. Au moins, de cette façon, l'autre homme aussi se serait retrouvé en situation de culpabilité.


-Ouais, parce que toi, tu peux me juger. Toi tu peux devenir méchant avec moi juste parce que je te déplais. Ouais parce que toi tu connais si bien ma vie. En détails, en profondeur, en long et en large, hein Manners?! Je ne te dirai pas que je n'ai pas envie de frapper sur ta petite gueule de fendant, mais contrairement à toi, je sais quand il vaut mieux ne rien dire ou ne rien faire. Surtout si ça pourrait blesser l'autre de quelque façon que ce soit.

Il ne répondit rien. Il savait qu'il était allé trop loin et aucune réplique adéquate lui venait. Il se tenait sur la limite de son contrôle. C'était se taire ou s'excuser en risquant de ne pas arriver à ravaler ses larmes. Malcolm agissait brusquement, violemment même, mais Cedrik le connaissait maintenant suffisamment pour voir à quel point il était blessé. C'était la seule défense qu'il arrivait à exprimer. Cela n'excusait rien, mais l'explication permettait à celui dont les clavicules menaçaient de se fendre de comprendre ce qui se passait dans la tête de l'autre jeune homme.

Malcolm le relâcha et Cedrik bougea à peine, restant calé contre le mur alors que son colocataire s'éloignait vers sa chambre.


-Tu fais ce que tu veux maintenant, je vais dans ma chambre. Tu n'auras plus à faire semblant de vouloir passer du temps avec ma si violente et si horrible personne.

Même s'il prévoyait le bruit qui arrivait, Cedrik sursauta quand la porte claqua.

-Joyeux Noël!

Ses mains tremblaient. Il le remarqua, presque une minute plus tard, quand il ramassa la pizza. Il resta dans le salon plusieurs minutes, sur le sofa, s'agrippant à la boîte sur ses genoux en fixant son matériel de junkie sur la table, les preuves de sa solitude et de la valeur que sa vie avait prise ces dernières années.

Juste s'enfermer dans le noir et parler de n'importe quoi. De sujets sérieux, d'anecdotes loufoques, de secrets qui craignent la lumière… S'allonger là où rien ne peut être vu pour que n'existent que les sons et le contact tiède d'un bras contre le sien. Cedrik et sa sœur s'étaient si souvent installés ainsi, seuls dans une pièce fermée avec, pour seul éclairage, la faible lueur sous la porte. Désormais, c'était tout seul que le jeune homme se couchait dans le noir et il n'avait plus personne avec qui partager de tendres moments de complicité.

Ce soir, il avait Malcolm. Leur relation n'était pas idéale – elle était même assez problématique –, mais elle était la seule chose qui comptait un peu, en dehors de ses études. Et il avait tout gâché. Il avait ruiné un moment spécial, une chance de mettre ses habitudes destructrices de côté. Il avait privé Malcolm d'une soirée de Noël qui, sans être digne d'un film familial, lui aurait au moins permis de faire autre chose que ruminer tout seul dans sa chambre. Noël était décidément plus magique du temps de Mme Manners. Elle trouvait toujours comment rendre cette fête spéciale… comme l'année où elle avait fabriqué de jolies étoiles avec les serviettes de table du restaurant miteux du motel tout aussi dégueulasse où toute la petite famille avait dû passer la nuit de Noël à cause d'un reflux d'eau.

Cedrik se leva et mit la pizza au four. Il revint au salon, remplit son sac de ce qui y était plus tôt et alla le déposer dans sa chambre. De retour au salon, il mit de la musique de Noël sur son téléphone, à faible volume. Après avoir rapporté les tasses à la cuisine, il remplit celle de Malcolm du café maintenant froid qui se trouvait dans le percolateur remit celui-ci en marche Il fixa la porte de la chambre de Malcolm pendant presque toute une chanson. Après hésitation, il choisit l'honnêteté. Il aurait pu, sans mentir, simplement éviter le nœud du sujet, mais il sentait qu'il devait des explications à son colocataire. Il s'approcha de la porte.


-Malcolm… Je suis désolé… Je n'aurais pas dû être méchant avec toi. C'est juste que…

Il inspira profondément, marquant une courte pause.

-… que je suis toujours plus… fragile à Noël. Des histoires de famille, moi aussi… et de solitude. Oui, j'avais prévu m'intoxiquer au maximum ce soir, et aller dans Tenderloin me mettre un peu en danger. Je sais que c'est stupide. Je sais tout le mal que ça me fait…

Il n'aimait pas du tout l'infime tremblement dans sa voix.

-Ça me touche que tu t'en fasses pour moi. Personne d'autre ne s'en f…

Cedrik s'interrompit. Il ne voulait pas prendre ce chemin.

-J'ai tendance à me braquer quand on est gentil avec moi. Tu ne mérites pas que je te fasse du mal, dit-il en sentant sa voix se briser un peu.

Passant une main dans son visage, puis dans ses cheveux, il chercha quoi dire de plus. Il ne souhaitait pas s'enfoncer davantage. Il voulait juste arranger les choses, rallumer la magie de Noël, même si ce n'était qu'une toute petite flamme, comme celle d'une chandelle, qu'on doit protéger du vent.


-J'ai mis la pizza au four… et je t'ai versé d'autre café. Je ne l'ai pas fait réchauffer. Il est froid…

Sentant sa voix trembler un peu plus, il se tut.

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Accrochons des étoiles de glace aux branches de la solitude [Gillian de Noël]

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