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Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé]

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Cedrik Manners

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MessageSujet: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Mar 19 Jan - 14:43

Cedrik marchait rapidement dans ces rues qu'il commençait déjà à trop bien connaître. Il avait conscience de venir souvent dans ce quartier que toute personne saine voulait éviter. Toutefois, il n'était pas une personne saine. De plus, il avait besoin d'y venir. Il devait avoir de l'argent, beaucoup d'argent, pour réussir à se payer assez de ce dont il n'arrivait pas à se passer. Son corps n'éprouvait aucune dépendance aux drogues, à cause de cette tare dont il était atteint et qui l'immunisait contre à peu près tout, mais qui contaminait chaque personne qui essayait de l'aimer d'un peu trop proche. Cependant, son esprit n'était pas à l'abris de l'esclavage que ces substances pouvaient causer. Cedrik éprouvait un besoin mental de fuir la réalité en engourdissant sa conscience pendant un moment. Il se devait de disparaître au milieu d'un nuage de mensonge pour s'oublier un peu. Le jeune homme n'avait trouvé aucune autre solution que ces tristes moments où il n'était, au fond, plus dans la réalité, pour fuir la prison qu'il était pour lui-même. Il devait s'oublier, s'effacer pour faire taire un peu son envie de disparaître. Ou son envie de mourir. Cedrik sentait que, s'il n'avait pas accès à ces moments durant lesquels il perdait qui il était dans un univers artificiel, il serait devenu fou. Ou il se serait, comme trop de gens, jeté du haut du Golden Gate.

Cedrik avait hâte de retrouver sa chambre et de s'y barricader pour avoir la paix, pour être loin du reste du monde. Il s'était, d'ailleurs, procurré un moyen de se détendre un peu, le même genre de méthode qu'il employait toujours quand il se sentait trop mal. Il partirait dans un autre monde, durant un trop court moment, et il pourrait peut-être même dormir un peu, pour une fois. Les nuits de sommeil du jeune homme étaient rares, car il en passait une bonne partie à travailler, à suffoquer de haine envers lui-même ou encore, à s'oublier avec l'aide de certaines substances.

Les lampadaires, plutôt espacés, bordant la rue où Cedrik avançait éclairaient successivement le visage pale du jeune homme. Lorsqu'il se retrouvait dans l'ombre, sur le chemin entre deux lampadaires, seuls ses yeux captaient la lumière, luisant doucement comme deux petits miroirs de solitude, même si sa tête était baissée vers le sol. Les épaules du jeune homme étaient courbées vers l'avant et ses yeux fixaient le sol. Il n'avait pas envie de regarder devant lui et de risquer de croiser le regard d'une autre personne. Les autres n'auraient rien fait de mieux que le juger, car il avait probablement l'air pathétique, ce soir-là, avec son expression trop malheureuse pour l'effervescence de la ville où il était. Pale, cerné, maigre et déprimé. Pourquoi réussissait-il encore à avoir une clientèle aussi étendue? Les gens qui se payaient ses services étaient probablement aussi paumés que lui, cherchant dans la chair d'un inconnu la chaleur qui s'échappait de la leur.

Alors que le jeune homme traversait une rue, une larme s'écrasa silencieusement sur le sol. Cedrik essuya rageusement sa joue du revers de la main. Allait-il se mettre à pleurer en pleine rue? Ce n'était pas dans ses habitudes. Se montrer froid et sarcastique était plus dans ses cordes. Cependant, ce soir-là, il en avait marre, de tout. Encore plus que les autres jours. Il ne savait pas ce qui lui avait pris mais, alors qu'il était avec un client, il n'avait pas été capable de continuer, car il avait été assailli d'un subit dégoût pour ce qu'il faisait et pourquoi il le faisait. Il s'était senti étouffé et il avait dû partir. Le client n'avait pas été très content et il l'avait un peu bousculé dans le mur pour lui manifester sa frustration. Cedrik s'était empressé de ramasser ses vêtements et de partir, pour éviter une bataille de laquelle il n'avait aucune chance de sortir gagnant. Heureusement, le client n'était pas trop du type violent. Il ne l'avait pas poursuivi hors de la chambre où ils étaient. Un lourd coup de poing dans l'épaule du jeune homme lui avait suffi.

Sentant les larmes monter avec une volonté plus forte que la sienne de les faire disparaître, Cedrik s'arrêta et s'adossa à un mur. Le contact de ce dernier sur son épaule raviva la douleur du coup de son client mécontent. Le jeune homme prit sa tête dans ses mains et il serra ses doigts entre ses cheveux en cherchant en lui le courage de poursuivre sa route sans s'effondrer. Les yeux fermés, il essayait de refouler les larmes qui commençaient tranquillement à envahir ses joues, les faisant reluire sous la lumière diffuse qui provenait du lampadaire au coin de la rue. Au loin, une sirène d'ambulance retentit, mais Cedrik n'entendait que sa propre respiration qui devenait de plus en plus saccadée sous l'effet de cette sensation d'étouffement qui lui revenait. Au bout d'un moment, celle-ci se calma un peu, ne laissant qu'un vague malaise au fond de son être. Cedrik continuait néanmoins de fournir des efforts pour calmer sa respiration un peu trop rapide, comme lorsqu'on vient d'échapper à la noyade, et pour que ses larmes arrêtent de lui brûler les yeux.

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Dernière édition par Cedrik Manners le Mar 11 Mai - 19:33, édité 1 fois
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Malcolm Gillian

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Mer 20 Jan - 21:56

Malcolm déambulait dans les rues, comme quelqu'un qui sait exactement où il allait, mais en réalité il ne savait pas vers où il marchait, mais il savait qu’il y marchait. On peut donc dire qu’il ne réfléchissait pas vraiment, il avait débranché son cerveau et laissait ses jambes le porter vers l’avant. Il ne voyait pas réellement non plus, ses yeux avaient pris congé eux aussi pour un moment. L’aîné des Gillian espérait sincèrement ne pas les avoir laissés sur une table dans l’endroit d’où il sortait. Étant donné qu’il avait un peu bu pour oublier la stupidité de l’activité qu’il était en train de faire, était tout de même très lucide et toujours dans la possession de la majorité de ses moyens. Il lui arrivait seulement, l’espace de quelques instants, de décrocher de la réalité. Comme en ce moment. Il ne faisait que penser à la soirée qu’il venait de passer et ne comprenait pas ce qui lui avait pris. C’était normalement carrément contre ses principes de s’abaisser ainsi, tout comme de fréquenter ce type de quartiers. Heureusement pour lui, ce n’était pas le quartier gai, mais c’était tout de même assez surprenant de le voir dans ce coin de la ville. Lui qui était normalement si fier de sa personne… *Faire tout ça pour une simple association étudiante? Est-ce que ça en valait vraiment la peine?*

Il se fit ramener dans la réalité par le klaxon d’une voiture qui l’avait presque happé. Son seul réflexe de mâle viril avait été de frapper sur la carrosserie de la voiture et d’injurier le conducteur, même s’il savait très bien que c’était lui qui était dans le tort. Il ne comprenait pas pourquoi, mais il avait l’impression d’être sur le point d’exploser. Il sentait en lui tellement de rage que cela l’effrayait, mais faisait tout pour en faire abstraction. En fait, c’était presqu’un évènement heureux que celui d’avoir presque été tué par une voiture dans Tenderloin, cela lui avait permis de faire sortir ce trop plein de colère en lui. Il savait qu’il lui en restait encore beaucoup à l’intérieur de lui, mais au moins, pour ce soir, il en était débarrassé. C’est donc instinctivement qu’il se replongea dans ses pensées. Invariablement, lorsqu’il pensait à sa soirée, il voyait les jolies filles qui dansaient devant lui pour un petit billet. Les autres gars autour de lui avaient semblé bien apprécier leur soirée, la plupart étant même encore au bar à gogo de ce quartier mal fréquenté, mais Malcolm en avait eu assez après quelques heures. Il regardait les filles à moitié nues dandiner leurs corps superbes devant lui et ne leur trouvait rien d’attirant, alors que les autres hommes dans la salle semblaient, eux, vraiment ravis de ce spectacle. Malcolm n’en voyait tout simplement pas l’intérêt. C’est donc une fois son quota de spectacle sexuel complètement débile et celui d’alcool atteint qu’il était finalement parti.

Il savait que cela lui ferait surement perdre des points aux yeux des personnes importantes de l’association «π ∝ ∞», mais il avait vraiment fait tout ce qu’il pouvait pour ce soir. Tout en marchant, toujours vers une destination connue que de ses pas, Malcolm ne cessait de se demander si tous ses efforts en valaient la peine, puisqu’il n’avait toujours pas trouvé de réponse. Cette association étudiante était certes la plus prestigieuse qui lui était donné de pouvoir rejoindre, mais Malcolm avait de la difficulté à cerner s’il voulait vraiment y entrer ou si c’était encore une fois le reflet des désirs de ses parents. Ils étaient si bons dans cette manipulation subtile que souvent, Malcolm se perdait dans tout ça. En ce moment, ce qui le dérangeait le plus, encore plus que la manière d’être de ses parents ou le fait qu’il ne savait plus de qui était le choix, était toutes les courbettes qu’il devait faire pour entrer. Il n’avait rien à prouver à personne et il n’aimait pas devoir se battre pour être choisi, il n’avait jamais eu besoin de le faire et ne voyait pas l’intérêt de le faire non plus. Il trouvait ces rituels de passages complètements stupides et immatures, tout en étant également très dégradant pour les gens, surtout pour lui.

Lorsqu’il commença à ressentir de la douleur dans ses jambes, il releva la tête et regarda autour de lui. Il faisait vraiment sombre là où il se trouvait. Malcolm regardait autour de lui et cherchait un point de repère, mais il n’avait rien à faire, il ne se reconnaissait plus. Évidemment, il n’y avait pas âme qui vive nulle part alentour. Ils étaient tous bien trop occupés à boire, à baiser ou à se droguer ailleurs… *J’aurais vraiment dû prendre un taxi…* Il continua à avancer, se disant que son cas ne pouvait pas être pire. Son seul regret était de ne pas avoir une mort vraiment très glorieuse. En fait, elle passerait totalement inaperçue et d’être retrouvé dans six mois dans ce quartier mal famé entacherait surement sa réputation. Il venait de tourner un coin, toujours aussi peu éclairé. Il avait fait quelques pas déjà lorsque son cerveau assimila l’information qu’il y avait enfin quelqu’un. C’est donc en marchant du reculons que Malcolm revint sur ses pas, pour se hisser à la hauteur de la personne qu’il avait bien presque raté.


-Euh, pardonnez-moi, mais je suis un peu p…

Ce quelqu’un était appuyé contre un mur et ne semblait pas aller très bien. Il respirait très vite, du moins plus vite que la normale, et il avait les joues mouillées de ce que le Gillian supposa être des larmes. Il ne comprit pas pourquoi, mais il se sentit empli d’un besoin d’aider cette personne. Même s’il réalisait pleinement que ça pouvait très bien être une mascarade ou alors une histoire louche ou un règlement de compte qui pourrait, dans tous les cas, le mettre dans une situation problématique, il se sentait attiré par le jeune homme apparemment en détresse.

-Pardon… ça va pas, hein?
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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Jeu 21 Jan - 14:14

Cedrik pleurait rarement et encore moins souvent dans un lieu où quelqu'un pouvait le voir. Le jeune homme était plutôt du genre à refouler sa douleur ou à l'engourdir sous une bonne dose de substance magique. Si on le voyait dans la rue, bien sûr, on ne le mettait pas dans la catégorie des gens sortant tout droit d'un conte de fées. Il y avait quelque chose de profondément inquiétant dans sa manière de regarder les gens. C'était comme si Cedrik regardait à travers eux, sans les voir vraiment. Pour certains clients, c'était un avantage. Ils avaient moins l'impression de participer à la dégradation d'un autre être humain, car celui-ci semblait étrangement vide. Ces clients se disaient alors qu'ils ne faisaient rien de moralement bas, puisque leur chair du moment n'avait aucune chance de laisser une quelconque émotion refaire surface, tellement son âme était écrasée derrière le vide. Pour Cedrik, c'était surtout un moyen de se protéger, de mettre une distance entre la vie et lui. C'était un peu comme s'il regardait, à la manière d'un spectateur, ce qu'il vivait. Ainsi, il avait moins mal. Ce qu'il faisait le couvrait moins de honte et son étrange maladie lui semblait moins grave, moins réelle. Il sentait moins quelle menace il était et à quel point il devrait toujours rester seul. Il diluait le passé et étouffait l'avenir, en se débattant au ralenti dans un présent duquel il se tenait le plus loin possible.

-Euh, pardonnez-moi, mais je suis un peu p…

Une voix parvint aux oreilles de Cedrik. Le jeune homme avait tellement perdu contact avec la réalité qu'il eut du mal à en saisir les paroles. Elles se déformaient dans sa tête et formaient un tableau impressionniste sonore aux couleurs mal agencées. C'était étourdissant. La personne qui avait parlé eut au moins pour effet de sortir Cedrik de l'univers parallèle où sa souffrance l'avait jeté. Les paroles, même transformées dans une tempête désordonnée, avaient été un brusque retour à la réalité. Le jeune homme desserra ses doigts d'entre ses cheveux et il essuya rapidement ses joues en ramenant ses bras autour de lui tout en assimilant ce qui lui avait été dit.

*Encore un touriste attardé qui s'est trompé de rue...* Tout le monde, à San Francisco, savait que Tenderloin était un quartier à éviter, surtout la nuit. De plus, n'importe quelle personne sensée aurait deviné qu'on n'adressait pas la parole à une personne dans une rue sombre. Cedrik était maigre; il semblait faible, mais on n'avait pas besoin de beaucoup de muscles pour appuyer sur la détente d'un fusil ou pour s'élancer subitement avec un couteau. Il fallait se méfier de tout le monde, surtout de ceux qui n'avaient pas l'air d'aller bien. Vraiment, la personne qui lui avait parlé était inconsciente. Si elle lui demandait son chemin, le jeune homme aurait certainement envie de lui indiquer une mauvaise direction...mais il lui en donnerait une bonne. Il se connaissait: sous ses grands airs de psychopathe inquiétant, il avait une conscience. Il ne se serait pas risqué à mettre la vie d'une personne en danger en l'envoyant se promener sur un territoire trop dangereux pour quelqu'un qui n'était pas du milieu. Ce quartier n'était pas pour les gentils...


-Pardon… ça va pas, hein?

Cedrik releva la tête vers celui qui osait s'intéresser à lui. Depuis quand un inconnu avait-il le droit de se préoccuper de son état? C'est alors qu'il le reconnut. Bien sûr, il faisait assez sombre, mais il n'y avait aucun doute. C'était Malcolm Gillian, un de ses collocataires. Plus précisément, c'était celui des trois que Cedrik détestait le plus ouvertement: M. Parfait. Ou M. Je-Voudrais-Être-Parfait-Mais-Je-Suis-Insipide. À chaque fois qu'il le voyait, Cedrik avait carrément envie de l'éventrer tellement sa seule existence l'enrageait. Le jeune homme savait que son aversion pour Malcolm était totalement réciproque. Alors, évidemment, pour lui parler aussi gentiment, il ne l'avait pas reconnu.

Le maigre jeune homme planta donc un regard dur et hargneux dans celui de Malcolm. Malgré ses yeux rougis par les larmes et son physique délicat, Cedrik n'avait pas l'air d'un faible. Il était même plutôt inquiétant, comme les méchants des films de suspense, ceux qui ont toujours un plan de secours et qui rendent l'histoire angoissante.


-Tiens, Malcolm...Tu t'es perdu? Ou tu cherches la vraie vie en dehors de ton univers de ouate?

Cedrik avait presque craché ses paroles. La lumière du lampadaire faisait danser des ombres troublantes sur son visage au sourire carnassier. Il avait l'air du prédateur qui n'avait pas été nourri depuis des semaines. C'était à peine si on ne voyait pas ses yeux briller comme ceux des panthères tapies dans l'ombre de la jungle. Il était sur son territoire. Il avait l'avantage et il le savait. Malcolm n'avait qu'à bien se couvrir de sa perfection pour éviter les écorchures.

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Jeu 4 Fév - 16:47

Malcolm sentit le danger de ce qu’il venait faire au même moment où il avait terminé sa phrase. Il aurait dû suivre son instinct et ne pas déranger la personne qui pleurait tranquillement sous la lumière blafarde des lampadaires de Tenderloin. En même temps, il était vraiment perdu et ne savait pas comment retourner à sa résidence. Il commençait à être épuisé physiquement et ne savait pas combien de temps il tiendrait, dans son état. Il devait absolument trouver un moyen de retourner à l’université, parce qu’il ne voulait pas mourir ici, pour différentes raisons dont il avait déjà fait la liste quelques instants auparavant. Il avait donc été forcé par la vie de faire cette énorme bêtise. Il savait que si jamais le jeune homme triste essayait de l’attaquer physiquement, Malcolm aurait rapidement le dessus, mais si l’autre avait une arme quelconque, il était foutu. Il se força à penser à autre chose, ressasser des idées saugrenues ne changeraient rien à sa situation. Il devrait plutôt se concentrer sur la situation présente. S’il ne mettait pas toute sa concentration sur le langage non-verbal de son interlocuteur, cela pourrait lui être mortel beaucoup plus rapidement que ce qu’il souhaitait. Surtout que le Gillian considérait qu’il lui restait encore bien des choses et des expériences à vivre, il ne voulait pas que ses projets de vie soient gâchés par une stupide soirée d’initiation pour une encore plus stupide association étudiante universitaire! Malcolm sortit donc de ses pensées réalistes à tendances paranoïaques, pour tomber sur le regard du jeune homme en face de lui. Il avait relevé la tête de regardait fixement l’aîné des Gillian. Malcolm dut se concentrer pour ne pas que le frisson d’angoisse qui lui avait parcouru toute la colonne vertébrale ne paraisse. Pour ce faire, il avait mis ses mains dans ses poches et avait serré le plus possible les poings. Il avait l’air très tendu, il en était conscient, mais il préférait avoir l’air tendu qu’avoir l’air apeuré.

Une fois l’angoisse passé, Malcolm porta une attention un peu plus particulière aux traits du visage du jeune homme. Il savait qu’il avait déjà vu tous ces traits quelque part. Ces yeux, cette bouche, ces joues, ce front et ce menton lui étaient familier, tellement familier, un peu trop même, mais il avait de la difficulté à les remettre tous ensemble, compte tenu la pénombre de la rue dans laquelle ils étaient. Au bout de quelques secondes à peine, qui semblèrent être des heures pour Malcolm, il finit par comprendre qui se trouvait devant lui. Cela le dégoûta. Malcolm Gillian éprouvait pour Cedrik Manners un dégout plus que profond. C’était un dégout viscéral, il ne pouvait tout simplement pas supporter sa présence. Tous deux savaient très bien les sentiments qu’ils éprouvaient l’un envers l’autre, mais Cedrik ne pourrait jamais en comprendre l’importance. Malcolm serait capable de vomir s’il se mettait à penser plus qu’une demi-seconde à ce que faisait Cedrik avec d’autres hommes. *C’est inhumain, c’est écœurant, c’est anormal, c’est vomitif, c’est… c’est…* Malcolm ne trouvait plus les termes justes pour qualifier cet acte sexuel tout sauf normal qu’était celui de le faire avec une personne du même sexe. Malcolm considérait d’ailleurs que cela ne devrait pas exister dans le monde, c’était trop affreux. Il avait de la difficulté à regarde Cedrik en pleine face, non pas parce qu’il avait peur, mais bien parce qu’il le considérait comme un être ignominieux. Il le détestait d’être ouvertement et presque fièrement ce qu’il était. Il ne put pas le détester silencieusement bien longtemps, parce que Cedrik parla en premier.


-Tiens, Malcolm...Tu t'es perdu? Ou tu cherches la vraie vie en dehors de ton univers de ouate?
-Et toi, Manners, tu pleures parce que t'es perdu aussi ou parce que t'as réalisé à quel point tu étais répugnant?


Si le ton de Cedrik avait été cinglant, celui de Malcolm avait été fouettant. Ce dernier n’avait pas attendu une seule seconde pour continuer le combat verbal. Oui, Cedrik avait porté la première attaque, mais cela ne voulait pas dire qu’il allait gagner la partie. Malcolm ferait tout pour lui pourrir la vie, il ne méritait rien de moins. Le Gillian avait presqu’oublié qu’il ne voulait, il y a quelques minutes à peine, seulement aller se coucher. C’était comme si cette rencontre inattendue et involontaire lui avait redonné une certaine énergie, l’alcool et la fatigue avaient complètement disparu. Il se sentait revigoré, comme piqué par une seringue pleine de rage et de mépris. Parce que oui, c’était ce que faisait Malcolm Gillian envers Cedrik Manners, il le méprisait. Au plus haut point. Il aurait voulu pouvoir le brûler, mais la loi l’interdisait de nos jours, malheureusement ou heureusement. Malcolm sentait dans son ventre et sa gorge toute l’amertume qui était caractéristique de lorsqu’il était en présence de ce Cedrik Manners…

-Ah oui, en passant, le cartier de tapettes ce n’est pas ici, tu t’es trompé de coin le p’tit fif…

Il avait dit le dernier mot en apportant une attention particulière pour bien mettre l’accent sur cette insulte. Malcolm n’avait pu, cette fois, retenir la grimace de dégoût que lui inspirait la chose en face de lui qui osait se faire appeler un homme…

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Sam 6 Fév - 23:46

Cedrik n'aimait pas vraiment parler. Il était plutôt de type asocial. Le jeune homme préférait observer en silence, noter mentalement et juger tout seul. Il se plaisait à se borner à ses propres idées sur les gens et à tout faire pour ne pas chercher plus loin. Il ne voulait pas risquer de trouver quelque chose qu'il aurait pu aimer. Il lui fallait tellement d'efforts, parfois, pour détester une personne. Le jeune homme ne souhaitait pas gâcher son travail de haine en s'attachant à une partie cachée de la personnalité de quelqu'un. Cedrik ouvrait généralement la bouche pour dire de pures méchancetés bien calculées ou encore pour remettre durement les gens à leur place. Dans tous les cas, le jeune homme se servait des mots pour blesser les gens. D'épineuses phrases font office d'armes tellement efficaces contre les bonnes intentions. Cedrik aurait aimé étouffer les gens dans leurs bonnes intentions. Il n'avait pas besoin d'être aimé. Encore moins d'être sauvé. Tout ce dont il avait besoin, c'était de quelques grammes quotidiens de sommeil de l'âme.

Malcolm était le genre de personnes que Cedrik adorait côtoyer. Il était si facile à détester. Malcolm Gillian irradiait de mensonge et de lâcheté. Pour le commun des mortels, c'était invisible mais, pour le jeune homme, il n'y avait aucun doute. Il était lui-même assez avancé dans les domaines de la fausseté et et du manque de courage. Il savait donc facilement déceler les talents des autres dans ces mêmes disciplines. Et le jeune homme devant lui était probablement un maître dans ces arts. Cedrik n'avait aucune peine à se détester, à la fois à cause de sa maladie magique et à cause de traits de personnalité comme ceux-là. Retrouver ce même type de basse horreur chez Malcolm lui permettait de le détester avec un naturel déconcertant. Pour certains, les différences éloignent. Pour Cedrik, c'était les ressemblances.

Il fallait aussi concéder à Malcolm bien d'autres raisons d'être honni par Cedrik. Parmi celles-ci, son homophobie était presque un détail. Elle n'était qu'une ramification de sa franche tendance presque maladive à essayer d'être plus conventionnel que la perfection elle-même. Un jour, la convention le mangerait; Cedrik en était persuadé. Et enchanté. Malcolm semblait avoir une telle obsession à être exactement comme il devrait l'être. C'en était presque décourageant. Pouvait-on vraiment s'empêcher de respirer à ce point? Si Cedrik n'avait pas décidé qu'il devait rester loin de tout le monde et que le meilleur moyen d'y parvenir était de vouer une haine noire et froide à chaque personne qu'il rencontrait, il aurait peut-être essayé de comprendre Malcolm, voire même de l'aider. Peut-être. Il ne fallait tout de même pas pousser. Cedrik restait qui il était, même dans une dimension totalement différente. Et, surtout, il s'agissait de Malcolm Gillian.


-Et toi, Manners, tu pleures parce que t'es perdu aussi ou parce que t'as réalisé à quel point tu étais répugnant?

Cedrik dut fermer les yeux, une seconde, pour ne pas griller l'autre jeune homme d'un rayon incandescent. Ainsi, il l'avait vu pleurer. C'était plutôt gênant. Horrible, même. Personne ne devait le voir pleurer. Même lui, il aurait préféré ignorer qu'il pleurait parfois. Désormais, Malcolm ne pourrait plus le voir comme un être totalement insensible et Cedrik en était profondément atteint. Il se sentait vulnérable. Faible. C'était comme si l'autre jeune homme avait un nouveau pouvoir pour lui. Il avait beau ne pas savoir pourquoi il avait pleuré, il avait la preuve que Cedrik pouvait avoir des sentiments et se laisser aller. C'était dur pour son image de petit sarcastique qui résiste à tout. Il devrait redoubler le venin de ses morsures pour aveugler Malcolm et lui faire effacer ce souvenir de sa mémoire ou, du moins, lui faire croire que ses larmes n'avaient aucune importance. Cedrik n'essuya donc pas les dernières fines lignes luisantes qui lézardaient ses joues, les laissant là, telles des marques de guerres provoquant l'autre jeune homme.

-Perdu? Elle est bien bonne... Je suis chez moi, ici. Mais toi...Tu cherches ton chemin? Comme c'est mignon...

Le sourire brillant de Cedrik ne laissait rien présager de positif. Il était visible qu'à moins que Malcolm le supplie, il ne l'aiderait aucunement à se rendre à un endroit sécuritaire.

-Tu devrais faire attention...Ici, on rencontre tellement de gens spéciaux... Tu me trouverais sympathique à côté de certains.

Toujours ce sourire. Le jeune homme se régalait de dresser ainsi à son ennemi quelques lignes du tableau des risques qu'il courait dans ce quartier. Son regard fixe semblait voir les menaces qui étaient invisibles au yeux de l'autre jeune homme. À la lueur blaffarde des lampadaires, il avait l'air d'un échappé de l'asile, le genre de fou capable de contrer toutes les précautions prises pour l'empêcher de s'enfuir. Un fou plus intelligent que la logique.

-Ah oui, en passant, le quartier de tapettes ce n’est pas ici, tu t’es trompé de coin le p’tit fif…

Toujours sans cesser de fixer devant lui, Cedrik laissa un de ses coins de lèvres se relever doucement. Il semblait toujours un peu en transe, comme capable de voir toute l'horreur qui guettait Malcolm. Cependant, une petite étincelle s'était allumée dans ses yeux, comme toutes les fois où quelque chose l'amusait.

-Wow...Tapette, fif... Tu en as du vocabulaire! Mais je sais que tu peux faire mieux. Force-toi un peu, Malcolm. Si tu m'ennuies trop, je vais devoir partir.

Puis, subitement, Cedrik planta ses yeux dans ceux de Malcolm, tels deux flèches de cristal gelé. L'étincelle n'était toujours pas partie. Il devinait que l'autre jeune homme ne voulait pas vraiment qu'il parte. Bien sûr, il le détestait cordialement, mais ils savaient tous les deux que Malcolm préférait cent fois être avec lui que seul. Cedrik était sa meilleure chance de sortir de cet endroit à peu près vivant et, encore une fois, tous deux savaient qu'il ne serait pas du genre à le laisser moisir là. Toutefois, ni l'un ni l'autre ne voulait prononcer ce qui ressemblait à s'y méprendre à un échec à leur haine mutuelle.

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Jeu 11 Fév - 16:25

[HJ: Désolée, c'est pas mon meilleur.... :oops: 😢 ]

En ce moment, sous sa carapace de jeune homme au-dessus de ses affaires, Malcolm tremblait comme une feuille. Jamais il n’avait si peu cru en lui-même. Ce que Cedrik lui avait dit à propos du coin lui avait rappelé qu’il était dans une situation plus que précaire et cela le rendait donc vulnérable. Il devrait faire un peu plus attention s’il ne voulait pas finir à la une d’un mauvais journal à scandales miteux. Si Cedrik décidait de partir Dieu sait où et le plantait là, au milieu de la rue, il ne serait pas plus avancé, même qu’il serait encore moins avancé. En même temps, Malcolm ne pouvait pas demander de l’aide directe à Cedrik, c’était au-dessus de ses forces. Ce serait avouer sa faiblesse. Ce serait avouer sa dépendance. Ce serait avouer la faille dans sa contenance. Malcolm ne pouvait s’empêcher de penser que peut-être son interlocuteur lui demanderait un échange de services et Malcolm ne voulait pas s’imaginer la scène.

Pour se changer les idées, il regarda Cedrik et son regard ne lui disait rien qui vaille. En fait, son regard lui fit carrément peur. Malcolm avait l’impression que Cedrik pouvait voir quelque chose que lui-même ne voyait pas. C’était sournois, c’était inquiétant. Malcolm eut l’irrésistible envie de tourner subitement la tête pour voir s’il n’y avait pas un danger quelconque le menaçant dans son dos, mais réussit finalement à se contrôler. Malclolm n’aimait pas du tout ce regard, c’était comme si Cedrik voyait au travers lui, comme au plus profond de son être. Malcolm savait qu’il aurait beau tenter de se cacher dans ses entrailles, Cedrik irait le chercher là également. Il ne pouvait plus se cacher, pas ce soir en tout cas. Avoir été dans un film d’horreur, Malcolm mourrait dans les cinq prochaines minutes, c’était écrit dans le ciel ou plutôt dans le script. Heureusement ou malheureusement pour lui, il n’était pas dans un film d’horreur, mais bien dans la vie. En théorie, il ne devrait pas mourir, pas tout de suite, il était bien trop jeune. Par contre, considérant le quartier dans lequel il était et son comportement envers la seule personne susceptible de l’aider, cela pourrait vite changer. À son grand malheur, Malcolm se dit qu’il devrait changer d’attitude et de type d’approche s’il voulait connaitre ses trente ans…


-Wow...Tapette, fif... Tu en as du vocabulaire! Mais je sais que tu peux faire mieux. Force-toi un peu, Malcolm. Si tu m'ennuies trop, je vais devoir partir.

Malcolm avait soudain simplement envie de lui défoncer sa sale gueule de gai. Il avait tellement de rage contre Cedrik, qu’il sentait qu’il pouvait exploser à tout moment. *C’est tellement déguelasse…* Il avait même senti ses poings se serrer et sa mâchoire en faire autant. Malcolm devait se contrôler. Il ne devait pas faire de faux pas. Pas maintenant. Pas ce soir. Pas ici. Pas avec lui. C’était si difficile pour le Gillian de se contrôler, surtout avec lui et surtout ce soir…

-Je sais que je peux faire mieux, heureux de te l’entendre dire, mais je ne considère pas que tu en vailles la peine…

Les paroles étaient sorties toutes seules, sans même que Malcolm ne puisse envisager les retenir. Il avait même levé qu’un seul sourcil, ce qu’il réservait normalement pur les grandes occasions, puisque cela lui donnait un air de fendant-sarcastique-menaçant-sexy. Apparemment, son subconscient considérait cet évènement comme étant un grand évènement. Malcolm réalisa la portée de ses paroles et se dit qu’il ne pouvait pas laisser les choses en plans de la sorte. Après avoir vraiment voulu changer d’attitude pour se sauver la peau, il avait finalement aggravé son cas en changenat d’attitude, mais pas positivement. Il devait se faire une véritable bataille pour essayer de réussir à sortir les paroles qu’il avait vraiment voulu dire. Cela lui faisait mal, c’était comme si ses trippes et son cerveau essayaient de changer de place. Ce n’était vraiment pas agréable à vivre. Finalement, le cerveau gagna en terrain et en force.

-Écoutes… On veut tous les deux se débarrasser de l’un et l’autre le plus rapidement possible… alors penses-tu que tu pourrais…

Malcolm avait cessé de parler, car il ne se croyait pas capable de le dire. Il ne voulait pas. Il se sentait même capable de s’arracher la langue plutôt que de prononcer ce qu’il s’apprêtait à dire. Le dernier mot faisait vraiment mal. Il ne voulait pas sortir. C’était trop pathétique. Son regard bleu-gris était empreint d’un mélange de peur et de désolation. Gillian voulait continuer de se battre, mais il savait que son cerveau gagnait toujours et son cerveau avais décider qu’il devait à tout prix se sortir de cette situation dangereuse.

-… m’aider?

Malcolm baissa la tête, vaincu…

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Sam 6 Mar - 21:32

[HJ: IIHH!! :D]

Cedrik ne devinait pas son effet sur l'autre jeune homme. Bien sûr, son attitude avait pour but de l'inquiéter et de le faire angoisser sur ce qui pourrait lui arriver, mais il ne savait pas à quel point il atteignait son but. Malcolm était bon acteur. Même si Cedrik entrevoyait certains de ses mensonges, l'essentiel restait invisible à ses yeux. Il ne percevait que la pointe de l'iceberg, un fin morceau glacé qui semblait prêt à se casser. Ce que Malcolm avait caché à des lieues de là, sous d'épaisses couches de larmes solidifiées, Manners n'en avait aucun idée. C'était si loin que, même le nez collé sur la surface, on ne pouvait pas voir à-travers les murs de glace qui servaient de forteresse aux faiblesses de Malcolm Gillian. Elles étaient en sécurité. Elles n'avaient même plus d'identité, seulement cette peur d'être retrouvées. Et Malcolm semblait avoir dressé des labyrinthes aux pièges destructeurs autour de son château d'étouffante horreur pour empêcher quiconque de croire qu'il pourrait être atteint. Rien ne devait exister en dehors de ce qu'il montrait.

Cedrik était excellent dans tout ce qui était compliqué. Les sciences, les mathématiques... Tout ce qui demandait une certaine réflexion n'avait rien de trop difficile pour lui. S'il se mettait sur le cas Gillian, il saisirait assez vite l'ampleur du mensonge vivant qu'il était. D'ailleurs, il avait cerné dès le début la facilité avec laquelle Malcolm arrivait à être faux d'une manière parfaitement contrôlée. Il ne s'était simplement pas concentré à évaluer tout le spectacle que donnait l'autre jeune homme. Il ne voulait pas le faire. Il ne voulait pas lui accorder autant d'importance. Cedrik ne pouvait néanmoins pas éviter de voir ce qui lui sautait aux yeux, voire à l'âme.

Malcolm agissait comme s'il n'avait besoin de personne. Peut-être avait-il peur de tout le monde. Le monde extérieur pouvait être si dangereux lorsqu'il se frayait un chemin jusqu'au plus tendre de soi-même. Il risquait de détruire ce qu'on avait de plus fragile, de plus essentiel. Il pouvait tout emporter ou, pire, en laisser juste assez pour qu'on n'oublie pas. Le monde était capable du pire. Déjà, de dehors, il arrivait à ronger les gens de l'intérieur, à les faire souffrir sans réellement les atteindre. Il réussissait à étouffer les rêves, à balayer au loin les espoirs, à frapper là où on s'attendait à être caressé... La vie était trop dangereuse pour être vécue. Il fallait faire semblant, prendre une distance, inventer une personne qui encaisserait les coups qu'on n'aurait jamais la force de prendre. Une personne pour prendre la place qu'on ne s'autoriserait jamais à avoir, par peur d'être trop touché, trop fragilisé, trop vrai.... Cedrik comprenait parfaitement.

Les poings et la machoire de Malcolm se serrèrent à la réplique de son interlocuteur. Il en était presque effrayant. À vrai dire, pour n'importe quel humain normal, Malcolm aurait semblé effrayant. Grand, fort et visiblement enragé. Toutefois, Cedrik savait qu'il ne faisait pas le poids contre son arme secrète et, surtout, il n'avait pas arrêté de le prendre pour un lâche. Si le Gillian lui tapait dessus, il pouvait dire adieu à son retour sécuritaire à l'appartement. Donc, il ne le toucherait pas.

-Je sais que je peux faire mieux, heureux de te l’entendre dire, mais je ne considère pas que tu en vailles la peine…

Cedrik étouffa un faux baillement, sans quitter Malcolm des yeux. Il l'ennuyait, avec ses répliques à deux balles. Le jeune homme avait eu une dure journée et il ne tenait pas à gaspiller son énergie à s'encombrer de paroles carrément emmerdantes. Il nota néanmoins à quel point l'homme devant lui était sexy quand il prenait cet air ironique et provocant. Il chassa vite cette pensée de sa conscience: il s'agissait tout de même de Malcolm Gillian. De plus, Cedrik s'était promis d'éviter tout intérêt envers les autres, quel qu'en soit la nature. Il avait déjà assez de cette pseudo-camaraderie avec Leah, sa colocataire.

-Bon, et puisque je n'en vaux pas la peine...Je vais te laisser à tes occupations.

Doucement, il se décolla du mur, ne laissant aucun doute sur son intention de partir. En réalité, il ne comptait pas vraiment abandonner Malcolm dans cette rue noire, mais il voulait lui en donner l'impression. Cependant, avant qu'il n'ait pu faire un pas, celui-ci parla.

-Écoute… On veut tous les deux se débarrasser de l’un et l’autre le plus rapidement possible… alors penses-tu que tu pourrais…

Cedrik s'appuya à nouveau sur le mur, avec nonchalance. Ses larmes avait presque séché, mais elles avaient tout de même laissé de subtils sillons sur ses joues. Ses yeux étaient moins rougis par les larmes, mais ils n'étaient pas encore revenus à la normale. Pour ce qui était des cernes...C'était les mêmes creux gris qu'à l'habitude. Avec son air mi-ennuyé mi-menaçant, Cedrik n'avait rien d'un prince de contes de fées. À vrai dire, les méchants lui auraient envié son style.

-… m’aider?

Les sourcils de Cedrik se soulevèrent au même rythme que sa bouche se tordait dans un petit rictus amusé alors que Malcolm baissait lâchement la tête. *Il est étonnant, au fond...* Cedrik aurait parié que son interlocuteur ne dirait jamais de vive voix qu'il voulait son aide. Il était persuadé que son orgueil l'emporterait sur son besoin de sortir de ce quartier aux allures de l'enfer. Il avait même envisagé devoir lui proposer lui-même de le raccompagner. Finalement, Malcolm Gillian n'était pas aussi fort et indépendant qu'il essayait de le paraître. *Intéressant.*

Cedrik se redressa, quittant à nouveau le mur. Il se rapprocha de Malcolm et, d'une main, il releva sa tête vers lui.


-T'aider? Mais mon très cher Malcolm, je n'en ai pas besoin, moi. Si je veux me débarrasser de toi, je n'ai qu'à partir et à te laisser te débrouiller tout seul. Je suis chez moi, après tout...

À la pure provocation, il mélangeait la condescendance et, même, la folie. Il aurait simplement pu accepter et même se taire jusqu'à l'appartement, mais il avait choisi l'attaque sournoise. S'en prendre aussi directement à l'honneur de Malcolm Gillian était dangereux. Cedrik n'arrivait pas à prévoir comment il réagirait et, au fond, c'était peut-être ce qui le grisait tellement, ce qui le forçait à pousser l'autre jeune homme jusqu'au bout de sa résistance...

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Dim 7 Mar - 19:38

Malcolm commençait sérieusement à regretter d’avoir abordé ce jeune homme qu’il n’avait pas reconnu. D’avoir voulu être gentil ne lui aura finalement rien apporté de bien positif. Cedrik était arrogant avec lui, depuis le début de la conversation. Malcolm comprenait que Cedrik n’apprécie peut-être pas que Malcolm l’aie aperçu dans un moment de faiblesse aussi intense, mais s’il prenait quelques instants pour cesser son petit jeu d’égoïste fini, les choses se passeraient différemment. En fait, il lui suffirait de lui demander ce qu’il avait vraiment vu et Malcolm lui mentirait ouvertement, pour lui faire bien comprendre qu’il ne parlerait pas de ce dont il avait été témoin. Par contre, l’aîné des Gillian commençait à emmagasiner toute information quelconque, pour être bien certain de ne pas se retrouver devant rien pour nuire à la réputation de Cedrik, au besoin. Il se préparait ainsi à toutes les éventualités. Malcolm était gentil en général, mais il arrivait que celui-ci oublie quelle était cette notion, surtout dans cette situation…

-Bon, et puisque je n'en vaux pas la peine...Je vais te laisser à tes occupations.

Malcolm était bien passé tout près de gémir de détresse lorsque Manners s’était décollé du mur pour s’en aller. Il ne voulait à aucun prix rester tout seul ici, il ne voulait pas finir sa vie dans cet endroit crade. L’idée que, même avec l’aide de Cedrik, il pourrait mourir dans ce quartier mal famé, ne lui effleura que quelques millisecondes l’esprit. Il n’avait pas d’autres choix dans cette situation que de prononcer ces paroles qu’il détestait tant. Il devait demander de l’aide à Cedrik, même si cette idée le répugnait.

Malcolm espérait sincèrement que Cedrik ne profite pas de son état de supériorité dans cette situation, puisque Malcolm ne saurait peut-être pas se maitriser aussi bien que ce qu’il avait fait jusqu’à maintenant. Malcolm ne s’était jamais autant mis en danger en étant aussi sincère avec quelqu’un. Sachant que Cedrik était la seule personne pouvant l’aider ici, Malcolm n’avait pas d’autres choix que de devoir avouer qu’il avait besoin d’aide. Il n’avait jamais été vraiment vulnérable devant quelqu’un, jusqu’à ce soir. Il se souviendrait longtemps de cette foutue soirée d’initiation et s’il n’était finalement pas accepté dans la confrérie, il tuerait probablement une des personnes lui ayant volé sa place. Il se savait faible dans la situation présente et il aurait préféré ne pas avoir à être dans celle-ci. Malcolm se disait que tant qu’à être dans une position de faiblesse, aussi bien l’assumer. Par contre, de demander de l’aide à quelqu’un était quelque chose qui venait vraiment déranger profondément le Gillian. Si cela avait été quelqu’un de banal, Malcolm aurait fini par ne pas autant vouloir disparaitre dans le béton du trottoir sur lequel il se trouvait, mais ce n’était pas quelqu’un de banal, au contraire. C’était Cedrik Manners et Malcolm ne pouvait tout simplement pas le tolérer, en tant normal… C’est d’ailleurs pourquoi le Gillian avait baissé la tête, il ne pouvait regarder la situation en face.

L’attente dans laquelle Malcolm était en ce moment lui comprimait la poitrine et lui faisait une douleur horrible. Il avait vraiment l’impression que Cedrik prenait tout son temps pour répondre, juste pour le torturer encore plus. C’était un sentiment horrible et Malcolm en voulait à Cedrik que tant de sentiments négatifs soient en lui par sa faute. Il sentait de plus en plus la pression monter et il ne savait pas ce qu’il ferait s’il était dans une position où il faudrait qu’il continue de se maintenir. Dans un dessin animé de style manga pour enfants, Malcolm serait à présent rouge, avec de la vapeur sortant de ses oreilles, mais comme nous sommes dans la réalité, Malcolm avait encore l’air paisible, malgré quelques tensions au niveau de la mâchoire et des poings. Lorsque Cedrik bougea, Malcolm sentit le poids dans sa poitrine s’évanouir peu à peu. Il avait l’impression que Cedrik avait une subtile nuance de compassion dans ses yeux, envers Malcolm. Le Gillian préférait la compassion à la pitié. Par contre, il dut rapidement se rendre à l'évidence que cette étincelle de presque gentillesse, il l’avait simplement imaginé. La poids dans sa poitrine réapparut instantanément à sa place, lui coupant pratiquement le souffle. En effet, Cedrik se rapprocha de lui, lui prit le visage pour le relever et avec une bonne dose de condescendance, il ouvrit la bouche et parla.


-T'aider? Mais mon très cher Malcolm, je n'en ai pas besoin, moi. Si je veux me débarrasser de toi, je n'ai qu'à partir et à te laisser te débrouiller tout seul. Je suis chez moi, après tout...

Il n’en fallu pas plus pour que la soupape saute. Malcolm Gillian ne pouvait pas en supporter plus, son instinct prenait le dessus à on ne sait quel prix et à on ne sait quel point non plus. Son premier réflexe fut de prendre rapidement le poignet de Cedrik, de le serrer, le descendre et le tourner sur lui-même, puis il le mit dans le dos de Cedrik, de manière inconfortable pour quelqu’un de normalement constitué. Malcolm poussa ensuite son interlocuteur dans le mur qui y toucha relativement durement et il positionna finalement son autre bras au niveau des clavicules, tout près de sa gorge, en exerçant une certaine pression. Les yeux de Malcolm étaient plein de rage et sa mâchoire n’avait jamais été aussi serrée. Il avait tout fait pour être le plus gentil et le mieux élevé possible, jusqu’à présent avec Cedrik, mais cette fois c’en était trop. Malcolm ne se possédait plus, il pourrait facilement lui frapper le visage et lui défoncer le nez, mais c’était trop facile. Il aurait une quantité incalculables de raisons de buter Cedrik Manners, mais Malcolm n’aimait pas beaucoup la facilité. De toute façon, maintenant qu’il était aussi à cran, cela ne prenait pas beaucoup de temps avant que le visage de Cedrik soit en bouillie. Il allait s’élancer pour frapper une première fois, mais sa conscience ingrate vint frapper à son cerveau en premier. Il ne pouvait pas tout simplement frapper Cedrik, sans lui laisser de chance de s’expliquer, de se racheter ou tout simplement de rigoler un peu. Malcolm ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi ça ne pouvait pas être aussi simple. C’était comme si son subconscient lui disait qu’il n’avait pas été encore assez ridiculisé pour ce soir…

Malcolm planta donc son regard dans celui de Cedrik, pour tenter d’y trouver une faille. Par contre, il ne s’attarda pas bien longtemps à cette supposée faille, car l’intensité de la couleur des yeux du Manners fut comme une vague qui entra en plein fouet en collision avec le Gillian. Il sentit ses genoux défaillir, l’espace d’une demi-seconde. Ce qui fit en sorte qu’il perdit quelque peu l’équilibre et il se retrouva le visage dans le cou de celui qu’il détestait tant. L’odeur de Cedrik lui fit fermer les yeux, elle le réconfortait en lui rappelant certaines choses qu’il ne pouvait identifier, mais cela ne dura pas longtemps. Quelques secondes à peine, puis Malcolm releva la tête et fit un effort surhumain pour desserrer ses mâchoires et parler.


-Je t’ai demandé de l’aide gentiment, la moindre des choses serait de m’aider gentiment en retour. C’est peut-être chez toi ici, mais je suis tout de même en position, actuellement, pour te faire douter que tu n’as qu’a partir et me laisser ici…

Malcolm avait parlé doucement, lentement. Il avait bien détaché la majorité des syllabes et des mots et avait beaucoup insisté sur le à de la phrase. C’était à son tour désormais de frôler la condescendance. Il avait les yeux rapetissés sous la colère et un sourire mauvais éclairait plus ses traits que les lampadaires de la rue sombre de Tenderloin…

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Lun 8 Mar - 15:24

[HJ: J'en ai perdu toute logique, toute décence. Je te lis et l'euphorie m'étouffe, m'aveugle presque.]

Cedrik avait été heureux de sentir la peur de l'autre jeune homme lorsqu'il avait fait mine de l'abandonner à son triste sort. Il avait atteint son but, une fois de plus. Malcolm avait besoin de lui et cela devait probablement le répugner autant que cela amusait Cedrik. Gillian était, en quelque sorte, à sa merci. Il dépendait de lui et Manners lui faisait comprendre qu'il en était parfaitement conscient. Il jouait avec lui, tirant sans cesse sur la ficelle de sa résistance, juste pour voir jusqu'à quel point il pouvait la tendre avant qu'elle ne cède.

Il ne serait jamais venu à l'esprit de Cedrik de parler à Malcolm de ce dont il venait d'être témoin. Mettre en mots la dure réalité qui n'avait pas voulu se cacher entre les ombres des briques du mur derrière le jeune drogué ne ferait que la rendre plus réelle. De plus, il était clair que Malcolm avait tout vu. Même s'il mentait, Cedrik n'en croirait pas un mot et, en lui posant des questions, il soulignerait l'importance de l'évènement. Ce serait tourner en rond, encercler le problème et attirer l'attention sur le pathétisme de la situation.

Cedrik aimait le danger, mais pas celui qui le touchait trop profondément. Il se grisait d'un risque mortel, comme celui d'arpenter, au milieu de la nuit, les ruelles de ce quartier qui, même pour lui, était hostile. Il lui arrivait souvent de se tapir dans l'ombre, à côté de débris d'immeubles désaffectés, guettant tout ce qui se passait autour de lui. Il laissait ses yeux sombres glisser sur les passants, des humains au moins aussi déchus que lui, et il ne bougeait qu'imperceptiblement, respirant à peine. Il se délectait du moindre regard étonné qui osait le remarquer avant de se teinter de menace. Parfois, il poussait même jusqu'à faire un pas vers celui qui le dévisageait, un air de défi plaqué sur son visage tel un masque, une seconde peau. Dans ce quartier où un clignement d'yeux pouvait vous mériter une bataille à dix contre un, le comportement de Cedrik pouvait être considéré comme presque suicidaire. Plusieurs fois, d'ailleurs, il avait dû courir entre les balles de fusil, fuyant une attaque qu'il avait cherchée avec arrogance. Il avait été touché plus d'une fois et il avait bien failli y rester, mais rien n'y faisait. Cedrik Manners trouvait une satisfaction presque démente dans le danger, n'attendant toujours que l'arrivée de la peur avant de fuir, ce qui était parfois un peu long.

Cedrik était inconscient du risque, se sentant parfois invincible à cause de son pouvoir. Sa seule réelle crainte était d'être aimé et il savait toujours comment éviter d'attirer l'affection. Aucune parole n'était jamais assez dure pour repousser quelqu'un et il savait d'instinct les meilleurs mots pour écorcher l'honneur de ceux qui essayaient de le comprendre. Avec Malcolm, par exemple, c'était trop facile. Le jeune homme était orgueilleux jusqu'à la moelle et attaché à son image comme un bébé à sa mère. L'attaquer était donc une partie de plaisir.

En s'approchant de Malcolm, Cedrik avait déjà amorcé la procédure de retour. Il avait prévu lâcher son visage rapidement, dès qu'il aurait fini de parler. Le jeune homme se sentait toujours mal à l'aise de rompre la distance avec une autre personne, même pour un très court moment. Il se savait dangereux, mais il était conscient que ce n'était qu'à long terme. Si quelqu'un se tenait près de lui, pendant un court moment, il ne risquait rien. Une exposition prolongée et intensive était, cependant, plus que dangereuse. Les étranges radiations qui habitaient le corps de Cedrik pouvaient modifier les cellules de celui d'une personne qui se tiendrait toujours proche du jeune homme, frôlant ou touchant son corps sur une base régulière. Une journée entière ne suffisait pas. Il fallait des mois, parfois des années, avant que des complications se fassent sentir. Seulement, Cedrik ne pouvait chasser cette impression d'étouffer chaque fois qu'il s'approchait de quelqu'un, comme s'il pouvait détruire tout le monde en un seul contact. Ce sentiment était exagéré et illogique, mais Manners ne parvenait pas à le réprimer en faveur de la logique. Il avait donc prévu s'éloigner de Malcolm après l'avoir humilié, mais il n'avait pas imaginé la force de la réaction de ce dernier.

En une seconde, Cedrik eut rejoint son cher mur. Son poignet était durement coincé derrière son dos, tordant son bras d'une manière assez désagréable. La main de Malcolm était serrée sur ledit poignet, l'écrasant presque sous la force de sa poigne. Son autre bras appuyait assez fortement sur les clavicules de Cedrik et menaçait de remonter vers son cou pour enlever au jeune homme le loisir de respirer. Le dos de Manners avait durement frappé le mur et quelques élancements se faisaient sentir, vagues de douleur floues au milieu de toute cette violence. La tête de Cedrik avait aussi rejoint le mur sans douceur et le choc se répandait partout, se répercutant sur les paroies du crâne du jeune homme. Le plus désagréable, cependant, restait la proximité de Malcolm. Il aurait pu se contenter de frapper Cedrik, envoyant valser son corps frêle sur le sol sale et froid du troittoir. Pourquoi avait-il choisi ce l'écraser contre le mur? Cedrik ne savait pas si cette sensation d'étouffement qui le gagnait venait de la pression du bras de Malcolm contre lui ou de l'intérieur de lui-même, de cette conscience détraquée qui lui rappelait que l'autre jeune homme ne méritait certainement pas d'être contaminé par les radiations de celui qui semblait être sa victime.

Luttant contre le désagréable vertige qui le gagnait, Cedrik leva les yeux vers ceux de Malcolm. Ceux-ci étaient pleins d'une rage de laquelle le jeune homme se délectait, même au bords des tremblements de douleur. Ses provocations avaient porté fruit. L'adrénaline caressait l'intérieur de son corps qui réagissait au danger que représentait Malcolm. Sa colère était telle que Cedrik en fut presque fouetté. Cela suffit à lui faire prendre conscience de la situation dans laquelle il se trouvait. Si le Gillian se décidait à lui faire regretter son insolence, il ne se passerait pas un long moment avant que l'un ou l'autre de ses membres ne se brise et, ici, personne ne viendrait l'aider. Comme il ne pouvait pas compter sur la force de ses bras pour repousser son ennemi et qu'aucune parole ne pourrait le servir à ce stade de l'affrontement, Cedrik devrait utiliser son pouvoir. Comme toutes les fois, il aurait cette sensation de brûlure intérieure qui ne le quitterait pas pendant plusieurs heures, mais il serait au moins débarrassé de Gillian. Il n'avait même pas besoin de le blesser gravement, seulement de le faire s'éloigner un peu. Il lui suffisait de lancer un tout petit rayon ardent sur son bras, l'intensité de la brûlure le surprendrait et Cedrik en profiterait pour filer.

Cependant, il ne le ferait pas. Il n'attaquerait pas Malcolm. Cedrik n'avait pas la force de jeter consciemment un de ses rayons maudits sur quelqu'un, à moins de risquer la mort. Si Gillian le blessait, il riposterait du mieux qu'il le pourrait, avec pour seule arme ses poings, maigres munitions contre ceux de l'autre, lesquels semblaient avoir la puissance pour le broyer sans effort. Malcolm avait beau être une personne totalement lâche et répugnante, il ne méritait pas de risquer d'être infecté de l'étrange maladie de Cedrik. Ce dernier ne savait pas les conséquences que pouvait entraîner le contact direct avec un de ses rayons. Les seules personnes à l'avoir expérimenté n'avaient pas vécu assez longtemps pour que Cedrik le vérifie. Les gens tombaient comme des mouches dans ce quartier.

Les yeux plantés dans ceux de Malcolm, Cedrik attendait que la violence de l'autre jeune homme se déchaîne avec un air vide de toute émotion. Il ne lui ferait pas le plaisir de deviner sa douleur ou sa peur. Seulement, au moment où il croyait devoir encaisser la premier coup, Cedrik eut la surprise de voir le regard de son ennemi flancher, se perdre d'une manière qui ne trouvait pas de description. En un instant, Malcolm sembla perdre toute contenance et son visage se retrouva dans le cou de Cedrik, lequel apprécia presque le contact. Malcolm était tout de même le genre de garçon qui lui plaisait...mais il restait Malcolm Gillian. Aussi, Manners chassa très vite son émotion alors que l'autre se redressait, une expression meurtrière collée au visage.


-Je t’ai demandé de l’aide gentiment, la moindre des choses serait de m’aider gentiment en retour. C’est peut-être chez toi ici, mais je suis tout de même en position, actuellement, pour te faire douter que tu n’as qu’a partir et me laisser ici…

Cedrik fut dégoûté de constater que le sourire mauvais de Malcolm le rendait terriblement sexy. Son ton et son regard donnaient envie à celui dont la colonne vertébrale menaçait de se broyer contre le mur de lui sortir une autre réplique arrogante et provocatrice. Seulement, la douleur et, surtout, le besoin d'éloigner Malcolm de lui sans utiliser son pouvoir étaient plus forts que cette envie. Aussi, Cedrik ravala ses insultes.

-D'accord.

C'était l'essentiel et Manners doutait d'être capable de plus. Il peinait à refouler ses paroles blessantes et céder à Malcolm était une honte suffisante sans qu'il ne doive, en plus, s'étendre sur le sujet. De plus, le vertige qui l'avait pris depuis le choc de sa tête sur le mur ne le quittait pas. On aurait même dit qu'il s'intensifiait, faisant se tordre entre elles les couleurs ternes de la rue sordide où se déroulait la scène.

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Lun 8 Mar - 22:51

[HJ : Vraiment désolé de te faire perdre la boule comme ça, en fait non pas vraiment!! XD Et désolé aussi de ne pas être capable d’écrire des RPs aussi longs que toi!! :P]

Malcolm Gillian aimait bien le renversement de situation qui venait de s’opérer. Lui qui avait été en position d’infériorité durant toute la première partie de l’échange qu’il avait avec Cedrik Manners, il était bien heureux de pouvoir enfin profiter un peu de la situation à son avantage, lui aussi. Il avait donné suffisamment de raisons à Cedrik de se moquer de lui, il fallait bien que les choses s’inversent un peu. Malcolm ne savait rien de bien compromettant sur son interlocuteur, mais cette scène en était une de choix pour pouvoir bien lui remettre au visage un de ces jours. Malcolm avait mis tellement d’années et tellement d’efforts à se construire son image. Il avait mis même plus de temps et d’efforts pour que son petit jeu soit crédible. Il avait fait tant de sacrifices pour en arriver là où il était, il ne fallait pas que tout cela s’effondre aussi bêtement. Ce serait trop simple. Ce serait trop décevant. Ce serait dire que tous ces efforts ne valaient rien de plus que l’érection d’un château de carte qu’un soupir vient défaire. Malcolm voulait se croire plus fort et plus solide qu’un château de cartes. Il ferait donc tout en son pouvoir pour que rien de ce qui s’était passé ce soir ne s’ébruite. Malcolm n’aimait pas quand les autres avaient le dessus sur lui, c’est pourquoi il se délectait désormais de cette situation inversée.

Oui, il était furieux, mais il sentait tout de même, au fond de lui, quelque chose le griser. Il sentait l’euphorie le gagner peu à peu, cette euphorie causée par la douleur se dégageant du corps de son adversaire, sentant également ainsi la perte de contrôle de plus en plus évidente. Déjà qu’il ne se contenait plus, si en plus il devait perdre le contrôle, Cedrik en mourrait à coup sur. En effet, Cedrik représentait tout ce que Malcolm détestait. Il ne serait donc pas très difficile pour lui de lui faire atrocement mal, mais ça, on le savait déjà. Ce qu’il y avait de nouveau, c’était ce bonheur qu’il éprouvait à voir une certaine peur dans les yeux de son interlocuteur, mais c’était également cette malice qui s’installait au fond des yeux du Gillian et qui commençait à imprégner ses traits, son sourire le premier, lui donnant ainsi un air mauvais, un air de tueur en série sentant la fin de la vie de sa victime ou la fin de son règne…

Par contre, il n’apprécia pas que son règne ne dure si peu de temps. En effet, il ne lui fallu pas bien longtemps avant de laisser paraitre d’autres signes de faiblesse. Les yeux de Cedrik, son odeur, tout cela rappelait à Malcolm quelque chose qu’il avait refoulé bien loin dans sa mémoire. C’était quelque chose qui tentait présentement de refaire surface, mais Malcolm était plus fort que sa conscience. Ses souvenirs, ils étaient cachés pour son bien et ils le resteraient. Cela mis Malcolm encore plus en état de furie de ne pas être capable de garder son image du gars parfait en ce moment, en cette soirée, devant Cedrik. Cette fois, Malcolm aurait levé le poing, mais dans sa propre figure. *De toute façon, cela donne le même effet : ton masque tombe en morceaux peu à peu…* C’est contre lui-même qu’était dirigé cette nouvelle vague de rage, mais c’est contre Cedrik qu’il la passa. Malcolm resserra juste un peu son emprise au niveau du poignet et des clavicules de Manners, juste assez pour ressentir monter l’euphorie de tout à l’heure.


-D'accord.

Malcolm resta quelques secondes interdit, son sourire toujours en place, mais un sourcil levé. Il ne comprenait pas ce qui se passait. C’était comme si, pour lui, ce simple mot n’était pas assez fort pour tout ce qui s’était passé auparavant entre eux. Il ne savait pas comment expliquer ce qu’il ressentait. Il y avait un vide immense et tellement soudain en lui, il le sentait même dans ses yeux. S’il ne s’était pas concentré pour que ses muscles restent tendus, il aurait sûrement lâché prise en libérant Cedrik, sous l’effet de cette parole. Il était… déçu, voilà le mot. Il aurait voulu avoir un dialogue verbal beaucoup plus enflammé que ce que Cedrik lui offrait en ce moment. *Une raison de plus de ne pas t’aimer…* Malcolm savait que Cedrik le considérait comme un lâche, mais en ce moment, ce n’était certainement pas Gillian le pire des deux. Lui, au moins, allait au bout de ses envies, de ses pensées et de ses gestes. Il ne coupait pas leur joute verbale de manière aussi décevante.

Sans vraiment savoir pourquoi ni comment, Malcolm ressentit à nouveau sa rage l’envahir, mais il décida de la canaliser. Ce n’était pas l’envie qui manquait pourtant de défaire le portrait de ce petit gai qui dégoutait tant Malcolm, mais étant donné que ce petit gai dégoutant en question voulait bien aider l’aîné des Gillian, il lui devait un minimum de respect. Ce respect s’inscrivait dans la canalisation de sa rage en autre chose que dans son poing qui cognerait le nez de Cedrik, le brisant assurément. Il devait, à ce moent précis, relâcher son emprise de sur Cedrik. Pour ce faire, il dut le rapprocher de lui pour décoincer leurs deux poignets ensemble de derrière le corps frêle de Cedrik, rendant ainsi la proximité de leurs corps presque vulgaire tellement elle était explicite. Il fit une légère rotation sur lui-même, de sorte que le dos de Cedrik ne soit plus dans le mur, toujours aussi collé sur lui. Avec son autre main, il la déplaça de sorte qu’elle alla chercher son épaule au complet, puis lâcha le poignet dans le dos. Au même moment, avec la main qui tenait l’épaule, il fit faire à Cedrik une rotation, qui mit son corps dos à lui, face vers la rue.


-Alors, vas-y, conduis-moi dans un endroit plus familier…

Malcolm mis ses mains sans ses poches et porta son regard sur ce qu’il pouvait voir de Cedrik. Il ne trouva rien à dire sur son corps, sauf peut-être qu’il était vraiment très maigre. Il se demandait par contre ce que Cedrik faisait dans un cartier comme Tenderloin, surtout considérant sa taille peu avantageuse en cas d’agression physique. Si c’était chez lui, il devait bien y avoir une raison pour qu’il vienne ici aussi souvent… *Drogue surement, surtout si on regarde les cernes sous ses yeux…* Malcolm en était donc là dans ses pensées lorsqu’il remarqua que quelque chose clochait. En effet, il y avait un mince filet de sang qui se trouvait dans le cou de Cedrik, il semblait venir de sa tête, mais Malcoln ne comprit pas tout de suite comment cela avait bien pu se produire.

-Euh… Cedrik… tu… saignes… c’est normal?

Malcolm se sentait un peu stupide en ce moment, mais il ne savait jamais quoi faire dans ce genre de situation. Il ne voulait surtout pas penser, d’ailleurs que ce sang, il pourrait en être la cause. Par contre, il savait que ce cas pourrait s’aggraver et être vraiment dangereux si on n’y portait pas une attention suffisamment importante. Il essayait donc du mieux qu’il pouvait, selon les circonstances, d’aider Cedrik Manners. Un frisson de dégout parcourra son corps, il avait de la difficulté à accepter ce fait…

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Lun 22 Mar - 13:00

[HJ: Si tu écrivais des RPs trop longs, je finirais par en mourir. Déjà que tu pousses mon coeur à l'extrême de son rythme... XD]

Cedrik avait essayé de ne pas trop provoquer Malcolm du regard alors que celui-ci pouvait lui défoncer la tête d'un coup de poing sans qu'il ne puisse s'enfuir. Pourtant, ce n'était pas l'envie qui lui avait manquée, car il sentait se répandre dans ses veines le doux poison de la victoire non-officielle. L'accès de violence dont avait été pris Malcolm prouvait au jeune homme que son adversaire ne se sentait plus de taille pour mener une lutte verbale avec lui. En quelque sorte, il abandonnait. Manners gagnait, car l'autre était incapable de se mesurer à lui sur le terrain des mots. Il pourrait le frapper, le pousser ou même l'écraser... il resterait le perdant de l'histoire. Gillian était un lâche et, une fois encore, il le montrait. Il n'avait même pas le courage de s'enfoncer un peu plus et d'avouer sa défaite. Il fallait qu'il trouve un moyen de paraître comme le plus fort, de se faire croire qu'il était autre chose que cette larve incapable de se servir de son cerveau assez fort pour répliquer aussi bien que l'autre jeune homme. Bien sûr, il avait essayé, au début, mais dès qu'il avait été évident que l'avantage était loin d'être de son côté, Malcolm avait opté pour une solution vile et sournoise.

Il n'y avait aucun doute sur qui d'entre les deux jeunes hommes avait l'avantage physique. Cedrik était si maigre et menu qu'il semblait que beaucoup de filles aurait gagné contre lui au bras de fer. Bien sûr, il n'était pas qu'un squelette couvert de peau; coucher avec un tas de gens était un exercice efficace pour endurcir ses muscles, tout comme fuir un revendeur enragé. Aussi, le jeune homme était étonnamment solide pour son poids, ce qui lui avait permis d'encaisser de nombreuses batailles sans trop mal s'en sortir. Seulement, sa meilleure arme physique restait sa vitesse. Cedrik pouvait courir très rapidement, ce qui lui était trop souvent utile.

Toutefois, solide et rapide ou pas, Manners n'était visiblement rien à côté de Malcolm Gillian. D'une seule main, l'autre aurait probablement pu le broyer. Il était plus grand, d'une carrure supérieure et presque excessivement musclé. Aussi, en envoyant Cedrik rencontrer le mur et en l'immobilisant contre celui-ci, Gillian prenait un avantage que l'autre ne pourrait pas lui enlever. S'il ne surveillait pas ses paroles, il devrait assumer les coups comme réponse. C'était facile. Cedrik en était à la fois dégoûté et charmé. Même si le Gillian était un lâche, il fallait lui concéder qu'il savait agir pour ne pas se retrouver comme la victime de la situation.

Cedrik remarqua l'air étrangement...déçu de Malcolm lorsqu'il lui répondit. À quoi s'attendait-il? Manners n'était pas suicidaire au point de provoquer encore son adversaire au risque de se retrouver inconscient sous les coups quasi-meurtriers qui pleuvraient certainement sur son corps si frêle.

Après que Cedrik eut accepté de l'aider, l'autre jeune homme entreprit de le libérer. Si Manners avait souhaité ce moment, il n'avait pas envisagé comment il serait désagréable. En effet, retirer la pression de sur son corps ne lui apporta aucun soulagement, sauf peut-être la possibilité de mieux respirer. La pression du bras de Malcolm sur les clavicules de l'autre jeune homme commençait sérieusement à l'oppresser. Par contre, la douleur qui s'était insinuée dans son dos s'accentua quand celui-ci fut décollé du mur. Cedrik se mordit les lèvres pour ne pas grimacer et donner une satisfaction de plus à son tortionnaire du jour. D'ailleurs, le Manners avait gardé un air des plus neutres durant toutes les étapes de sa libération. Il s'était aussi tu. Même si Cedrik avait eu envie de lever les sourcils ou de faire un commentaire obscène lorsque son corps avait touché d'assez près celui de Malcolm, il s'était retenu. Il ne voulait pas retrouver le mur à la même vitesse que quelques minutes plus tôt. Elle était étrange, cette peur presque douce qui ne voulait plus le quitter.


-Alors, vas-y, conduis-moi dans un endroit plus familier…

C'est seulement à ce moment que le sourire carnassier de Cedrik reprit sa place dans son visage. Il était à nouveau libre. Libre de pousser Malcolm à bout une nouvelle fois.

-Je ne pense pas que tu devrais marcher tout seul derrière moi. Pour un habitué comme moi, avoir les yeux partout autour de soi est presque mécanique. Dans ton cas... Une attaque dans le dos pourrait arriver très facilement et, avant même que tu en aies conscience, tu es mort. Je devrai donc marcher à côté de toi et pas en avant... Bien sûr, c'est si tu ne préfères pas m'avoir derrière toi...

Cedrik ne mentait pas, mais il fallait avouer que la dernière partie n'était pas nécessaire. Elle ne servait qu'à provoquer un peu Malcolm, à sous-entendre qu'il pourrait apprécier un certain type de contacts avec les hommes, alors qu'il était évident que rien ne le tentait moins.

Juste pour le plaisir de voir la rage qui se dessinerait certainement dans les yeux du Gillian, l'autre jeune homme se tourna vers lui en s'approchant pour prendre place à ses côtés. Un peu trop vite. La rue fit quatre tours, dansant autour de la tête de Cedrik. Son regard se perdit pendant quelques secondes, trois au maximum, puis il redevint normal. *Il m'a assomé assez fort...* La sensation d'étourdissement qui avait pris Manners alors qu'il était encore dans le mur ne partait pas. Elle venait d'ailleurs de s'intensifer. Il n'en tint toutefois pas compte. Ce n'était pas comme s'il ne lui arrivait jamais de perdre certaines notions.


-Euh… Cedrik… tu… saignes… c’est normal?

En effet, le jeune homme sentait un liquide couler dans son cou. L'air un peu perdu, il l'essuya d'une main, laquelle fut aussi essuyée sur son chandail, lequel était déjà tâché dans le dos, par le sans qui était descendu de sa tête.

-Normal? Je sais pas... Bah, ça va sécher...

Visiblement, Malcolm n'avait pas été très doux lorsqu'il l'avait envoyé dans le mur. Cedrik espérait seulement qu'il se retiendrait de le provoquer durant le trajet car, soudainement, il n'avait plus envie de jouer au plus fort. La tête lui tournait trop pour qu'il trouve les bons mots pour être celui qui avait l'avantage.

-On ferait mieux d'y...aller.

Un autre étourdissement. Il avait été assez fort pour empêcher Cedrik de s'exprimer correctement, le contraignant à saccader sa phrase. L'air sombre et mauvais, il se mit en marche. Au fond de lui, l'amertume de sentir son corps souffrir à cause de Malcolm le dévorait et chantait sur le même air que les étourdissements qui ne cessaient de revenir, toujours plus puissants.

Soudain, pendant un instant, Cedrik ne comprit plus où il était. Tout devint noir et il se sentit tomber et tourner, tourner, tourner... Rapidement, il se rattrapa à la première chose à sa portée et il y planta ses ongles tellement il la tenait fort. Sous la peur et la surprise, sa respiration ainsi que les battements de son coeur s'étaient accélérés. Après quelques secondes, la rue sombre revint sous le regard de Cedrik et ce dernier put voir à quoi il s'était accroché. Malcolm. Manners avait les deux mains agrippées au bras de Malcolm. Il les enleva comme si elles avaient été posées sur du feu et il s'éloigna un peu.

*Merde...* Ce simple contact était suffisant pour rallumer la colère de Gillian et renvoyer Cedrik contre une quelconque surface dure. Le jeune homme ne tenait pas particulièrement à tester à nouveau à quel point l'autre était plus fort que lui. Il décida donc de prendre la précaution de s'excuser.


-Désolé... Étourdissement. On marche plus vite. J'ai hâte de me coucher.

Alors qu'il grommelait ces quelques paroles, Cedrik avait accéléré le pas, malgré les lampadaires qui tournaient autour de lui en ondulant de plus en plus. Il avait l'impression d'avancer dans une fête foraine cauchemardesque. La rue lui apparaissait comme à travers des miroirs déformants. Les klaxons et les diverses sirènes, au loin, composaient une étrange musique aux échos à la fois inquiétants et familiers. Les recoins les plus habituels prenaient l'aspect d'un labyrinthe aux horreurs. Cedrik devait rentrer au plus vite. Ces étourdissements qui, de plus en plus, n'en formait qu'un seul qui ne s'arrêtait pas, l'angoissaient étrangement. Surtout, même s'il ne voulait pas se l'avouer, le jeune homme commençait à craindre que le Gillian en profite, dès qu'il reconnaîtrait le chemin, pour se venger de son attitude provocatrice que seuls les étourdissement avaient réussi à faire taire. Cedrik n'avait pas envie de voir cinquante Malcolm tourner autour de lui avec un air menaçant... Même à un contre un, il n'était déjà plus de taille, gagné par ces étouffants vertiges qui déformaient jusqu'à la noirceur des ruelles qui allaient mordre jusqu'à la rue.

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I need some distraction
Oh a beautiful release
Memories seep from my veins
Let me be empty
Oh and weightless and maybe
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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Mar 30 Mar - 23:03

[HJ: Désolé, je ne considère pas que c'est mon meilleur... :roll:]

Malcolm aurait dû se douter, après avoir retiré Cedrik de contre le mur, en voyant son air presque trop sadique, que ce dernier lui préparait une réplique cinglante. Il aurait ainsi pu se préparer à riposter, physiquement ou verbalement, de manière satisfaisante. Au contraire, le jeune homme dût se contenter de ne rien faire de plus. Il essaya de se convaincre que c’était beaucoup mieux de cette façon, cela leur permettrait de se rendre dans un endroit moins hostile plus facilement.

-Je ne pense pas que tu devrais marcher tout seul derrière moi. Pour un habitué comme moi, avoir les yeux partout autour de soi est presque mécanique. Dans ton cas... Une attaque dans le dos pourrait arriver très facilement et, avant même que tu en aies conscience, tu es mort. Je devrai donc marcher à côté de toi et pas en avant... Bien sûr, c'est si tu ne préfères pas m'avoir derrière toi...

Par contre, malgré toutes ses bonnes intentions, Malcolm avait une limite à ce qu’il pouvait endurer et ce genre d’insultes à demi-voilées étaient parmi les choses qu’il ne supportait pas. Le fait que Cedrik tente encore une fois de l’insulter en le traitant de lâche ne le touchait pas, il commençait même à trouver ce genre d’insultes un peu enfantines et ennuyantes... Il venait en effet de lui prouver tout le contraire de ce que Cedrik tentait d’insinuer. Malcolm Gillian avait l’avantage physique et ils étaient tous les deux parfaitement au courant. Cedrik s’était retrouvé dans une situation délicate qui avait bien fait rire intérieurement Malcolm. Ce dernier était d’ailleurs très fier de lui et de son physique avantageux dans un combat au corps à corps. Par contre, il trouvait cela complètement répugnant que Cedrik fasse ce genre de commentaire beaucoup trop homosexuel sur son compte. Il ne put d’ailleurs pas réprimer une moue dégoutée et même ses poings de se serrer sous l’effet de la colère d’une telle insulte. Malcolm ne savait pas si Cedrik avait conscience de ce qu’il venait de faire, mais il était vraiment outré. Le sous-entendu que Malcolm pourrait, une seule seconde, être attiré par un autre homme était complètement ridicule et insultant. Malcom était un homme, un vrai. Pas de ce genre de lopettes qui n’avait rien de viril et qui s’abaissaient à ce genre de pratiques sexuelles. Pour le Gillian, l’homosexualité était une maladie ou une déviance sexuelle, rien de plus. Il ne laisserait donc certainement pas Cedrik l’insulter de la sorte sans répondre.

-Je préfèrerais encore baiser ma sœur que de t’avoir derrière moi… Reste qu’aucune des options ne me séduis vraiment… Note seulement que je ne suis pas de ce genre de déviant sexuel, merci…

Son ton était glacial et ténébreux. Il avait d’ailleurs pris bien soin de détacher chaque syllabe et de mettre l’accent sur des mots qu’il trouvait plus importants dans la phrase, tels que sœur et déviant. Son visage arborait toujours cette moue dégouté, mais dans ses yeux s’était finalement dessiné un peu de rage, car c’était bien comment il se sentait. Juste après, il remarqua le sang et son attitude changea. En effet, il se sentait presque mal, il était tout de même assez logique pour savoir que ce sang était causé par la rencontre entre Cedrik et le mur, ce qui était donc aussi logiquement sa faute. Malgré le fait que Cedrik disait que ce n’était rien, Malcolm avait quand même peur de l’ampleur que cette blessure pourrait prendre. Il sentait son cœur et son ventre se serrer sous l’effet des décharges du regret, mais à chaque fois qu’une pointe de regret se pointait, son orgueil et son côté rancunier lui rappelait toutes les méchancetés que l’autre jeune homme lui avait dites. Au bout d’un temps par contre, les regrets se firent plus nombreux que l’armée adverse, faisant ainsi perdre la bataille à ces sentiments qui se voulaient forts. Malcolm dut s’avouer qu’il espérait que ce n’était pas vraiment grave et que le Manners irait mieux. *Voyons, on dirait presque que tu as des sentiments…* Tout en continuant d’avancer, il tentait de se convaincre que ce n’était que pour son image. Par contre, lorsque Cedrik eut un étourdissement léger qui le poussa à couper sa phrase en deux, Malcolm s’arrêta net, les yeux tout grands ouverts, ne respirant plus. Le Gillian venait de prendre conscience que c’était surement plus grave que ce que Cedrik tentait de lui montrer. Ils devraient probablement aller à l’hôpital plutôt que de retourner dans leur dortoir, question de juste s’assurer que tout est correct à la limite. Juste pour que Malcolm Gillian ait bonne conscience dans toute cette histoire...

Il tenta de le proposer à Cedrik, mais ce dernier ne s’était pas arrêté, lui, lorsqu’il avait dit qu’ils se mettaient en marche. Malcolm dut donc faire la courte distance qui les séparait à la course, question de bien tenir le rythme. Heureusement, Cedrik ne marchait pas trop vite, Gillian n’eut donc pas à s’essouffler seulement à le rattraper, ce qui, en soit, constituait un avantage, car Malcolm préférait garder son souffle et son énergie pour autre chose que pour courir après un gai en plein Tenderloin !

Exactement au moment où Malcolm arrivait finalement à sa hauteur, Cedrik agrippa avec ses deux mains le bras du premier et y planta ses ongles dans sa chair. Malcolm ne comprenait pas ce qu’il prenait à Cedrik, mais il vit bien que ce dernier n’était pas dans son état normal. Un geste qui aurait du normalement le fâcher l’inquiéta plutôt. Cedrik respirait plus vite et semblait avoir vraiment perdu quelques instants de la réalité. *C’est vraiment pas bon signe…* Avant même que Malcolm puisse demander à Cedrik s’il se sentait bien ou s’il voulait aller à l’hôpital, ce dernier retira ses mains de sur lui, comme s’il avait touché quelque chose de dégoutant et recommença à marcher lentement.


-Désolé... Étourdissement. On marche plus vite. J'ai hâte de me coucher.-Pas de problèmes…

Malcolm était encore un peu perturbé par ce qu’il venait de se passer, c’est pourquoi il ne parlait pas vraiment. Il avait besoin de mettre un peu d’ordre dans ses pensées et pour cela, il faudrait qu’il s’immobilise un peu. Cependant, Cedrik ne lui laissait pas cette chance, bien au contraire. Il avait accélérer le pas, ce qui inquiétais Malcolm. Il accéléra la cadence lui aussi et finit par parler.

-Écoute… je crois que ça serait préférable si on allait à l’hôpital, vu tes étourdissements… c’est peut-être plus grave qu’on pense…

Malcolm ne savait pas ce qu’il lui avait pris. Il se voyait déjà dans une salle d’attente, avec pleins de gens malades ou pleins d’enfants baveux et criards autour de lui. En plus, il serait avec Cedrik, probablement l’être qu’il détestait le plus au monde. Il devrait par contre rester parmi toutes ces choses atroces, simplement parce qu’il avait proposé de l’y accompagné et que ce serait mal vu de l’abandonner aux urgences une fois sur place. *Quoi demander de pire?* Malcolm Gillian sentait déjà le cauchemar se concrétiser et il commençait aussi vite à regretter sa proposition…

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Mar 6 Avr - 14:41

Cedrik ne fut pas déçu. Une horreur plutôt intense se dessina dans les yeux de l'autre jeune homme, tellement qu'on aurait crû que ses iris n'avaient pas d'autre teinte que celle de la rage. Malcolm Gillian n'était pas seulement insulté; il était profondément blessé par les paroles de cet ennemi avec lequel il devait faire équipe. Cedrik savait que l'homosexualité était ce genre de tare de laquelle il ne fallait pas accuser Malcolm. Au fond, il voyait bien que le Gillian n'était certainement pas le genre de mec à vouloir des contacts rapprochés avec les hommes plutôt qu'avec les femmes, mais beaucoup de gens n'avaient pas cette facilité à s'enflammer de frustration quand on sous-entendait que cela aurait pu être le cas. L'homophobie de Malcolm était tellement prononcée qu'éviter de s'en servir contre lui aurait presque été un blasphème. Quand on détestait aussi ouvertement une réalité, celle-ci adorait se jeter directement dans votre visage, histoire de vous taper dessus elle aussi. Cedrik préférait les attaques plus subtiles mais, ce soir-là, il manquait d'énergie et de concentration. Aussi, il avait choisi l'évidence, la facilité proche de l'ennui.

-Je préfèrerais encore baiser ma sœur que de t’avoir derrière moi… Reste qu’aucune des options ne me séduit vraiment… Note seulement que je ne suis pas de ce genre de déviant sexuel, merci.

Cedrik leva le sourcil gauche et un petit rictus légèrement amusé se peignit sur sa bouche. Il avait frappé juste. Malcolm était vraiment dans un état de rage froide à cause de ce qu'il avait dit. Seulement, il arrivait encore à se contrôler et à ne pas sauter sur Cedrik pour... le tuer, par exemple. Il devait avoir vachement envie de rentrer chez lui.

-Heureusement que tu as spécifié.

Le maigre jeune homme adorait sautiller sur le fil raide et ténu de la patience de Malcolm. Il l'usait encore, de plus en plus, avec une subtilité qui rendrait une attaque de l'autre jeune homme infondée. Il venait de sous-entendre que Gillian pourrait sembler être homosexuel, d'une quelconque manière. Cependant, ce n'était pas une réplique directement dirigée contre lui, mais simplement une petite remarque, presque un détail... Ce n'était rien, mais c'était assez pour laisser comprendre qu'auparavant, Cedrik en doutait peut-être... Bien sûr, ce n'était pas le cas, mais il n'était pas question que Malcolm le sache. C'était bien plus amusant de le faire douter et enrager.

Cedrik se doutait bien que la très peu légère poussée de l'autre jeune homme dans le mur l'avait assez bien amoché. Il savait que les étourdissements provenaient certainement du coup que sa tête avait pris. S'il avait été sage, le jeune homme serait allé à l'hôpital ou il aurait pris une pause avant de se rendre chez lui. Mais Cedrik n'avait rien de sage. Il s'était donc mis à avancer très vite, pressé de s'étendre tranquillement dans sa chambre. Pour ce que cela avait donné...


-Pas de problèmes…

Et il n'était pas encore mort? Malcolm ne lui arrachait pas la tête parce qu'il avait osé le toucher? Qui sait: il aurait pu lui donner sa maladie, l'homosexualité, en le touchant! Le Gillian avait un comportement étrange. Il aurait dû attraper Cedrik et le lancer quelque part, le frapper, lui tordre le cou... Mais non. Malcolm restait là, comme un con, à suivre celui qu'il semblait détester sans profiter du moment pour lui faire regretter d'exister. Il ne l'insultait pas, n'exigeait pas qu'il explique pourquoi il lui avait empoigné le bras plutôt que s'être laissé tomber sur le sol, ne lui faisait pas de mal. S'il avait été en état de réfléchir, Cedrik aurait convenu que quelque chose n'allait pas chez ce mec, qu'il devait être bipolaire: tantôt à essayer de le broyer, maintenant à ne rien faire pour terminer son travail. Il lui en aurait peut-être même parlé, histoire de l'insulter un peu plus.

-Écoute… je crois que ça serait préférable si on allait à l’hôpital, vu tes étourdissements… c’est peut-être plus grave qu’on pense…

Nouveau rictus sarcastique. Cedrik arrêta net de marcher pour se planter devant le Gillian. Il regretta très vite son idée de s'immobiliser si vite, car Malcolm disparut de sa vue pendant quelques secondes. Le jeune homme cligna des yeux et finit par retrouver le regard gris de l'autre pour y planter le sien. Il recomposa rapidement son air cynique, lequel avait cédé la place à un visage qui allait bien avec ses étourdissements.

-Non merci, maman, ça va aller. J'ai l'habitude qu'on me tabasse, tu devrais t'en douter.

Effectivement, Cedrik était souvent la cible de gens en manque de violence. Il fallait dire que, dans Tenderloin, il y avait à la fois toujours trop et jamais assez de violence. Puisque le jeune homme avait un physique peu imposant, mais qu'il n'avait pas encore appris à se taire ou à baisser les yeux au moment adéquat, il n'était pas rare qu'il se retrouve au centre d'un petit cercle de gens qui se le lançaient. C'était juste pour s'amuser, vous voyez. On tape le petit à tour de rôle. On lui crie les pire insultes. On lui tord un bras. On crache dessus. On lui défonce une côte ou deux. On le roue de coups de pieds jusqu'à ce qu'il gémisse comme un petit animal, ce qui, généralement, était plutôt long, car Cedrik était très orgueilleux. Finalement, on le laisse dans le fond d'une ruelle sale, roulé en boule, couvert de bleus, vide de larmes, seul...

Ce qui était étrange, c'était que Malcolm veuille l'aider. Qu'il évite de trop l'abîmer dans le but d'avoir un guide pour sortir de Tenderloin était compréhensible. Mais l'amener à l'hôpital? C'était un peu poussé. Logiquement, il aurait dû lui dire que se reposer chez lui serait bénéfique, parfait... Ainsi, il était certain d'avoir ce qu'il voulait. Pourquoi jouait-il au gentil, soudainement? Cedrik commença à se méfier. Personne n'était aussi gentil avec lui. Forcément, il y avait un piège. Et il n'avait ni la force ni l'envie de découvrir lequel. Il devrait donc se débarrasser de Malcolm Gillian au plus vite.


-Donc, on avance plus vite. On n'est pas très loin d'un arrêt d'autobus. De là, on pourra facilement revenir et ton travail d'ange gardien ne sera plus nécessaire.

Sans perdre de temps à attendre la réponse de Malcolm, Cedrik se remit en marche, un peu moins rapidement, cependant. Il n'avait pas menti et, en moins de deux minutes, l'arrêt en question fut en vue. Toutefois, le jeune homme n'eut pas l'occasion de se réjouir. Il se sentit tomber vers l'avant et, par réflexe, son corps s'inclina brusquement vers l'arrière. Cedrik perdit l'équilibre et il tendit une main incertaine vers Malcolm, mais il ne fit que le frôler alors que tout devenait noir. Malgré sa légèreté, son corps heurta lourdement le sol, dans un bruit sourd et ténu, un son que Cedrik n'entendit pas. Plus rien n'existait, à cet instant. Que du noir. Il n'y avait plus d'autre son, d'autre image, d'autre sensation que ce noir étouffant qui venait d'engourdir son esprit. La douleur du choc contre le sol dur et froid avait cédé face au noir.

Dans une petite rue dégueulasse de San Francisco, un jeune homme venait de perdre conscience. Pale reflet de la pathétique violence qui refuse de s'éteindre, même lorsqu'on essaie de lui couper tous ses fils, il était étendu sur un troittoir malpropre de ce quartier affreux qui était devenu sa maison. Ainsi endormi, de ce sommeil peut-être dangereux, il avait l'air presque aussi fragile qu'il l'était vraiment. Pour une fois, il ne faisait semblant de rien; son masque de haine avait fui sous la force de cette noirceur qui l'avait jeté par terre.

Cedrik ouvrit brusquement les yeux. Il ne savait plus où il était, pourquoi il y était et, surtout, combien de temps il avait été inconscient. Il sentait une surface dure sous son corps et il sentait que se relever ne serait pas des plus faciles. Ses yeux s'habituèrent rapidement à cette lumière qui semblait aveuglante à côté du sombre engourdissement qui l'avait pris. Sous son regard se dessinèrent alors de curieux cercles d'un gris presque bleu...

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Malcolm Gillian

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Mer 28 Avr - 23:50

[HJ: Désolé du retard et de ne pas pouvoir en écrire aussi long que toi!! :P]

Malcolm avait décidé de faire comme s’il n’entendait plus les paroles de l’autre jeune homme. Cela ne valait pas la peine, c’était simplement Manners après tout. Tout ce que cela allait faire, s’il continuait à se battre, était de l’épuiser lui-même et peut-être même de lui enlever la chance d’enfin sortir de cet endroit sordide, tout en ayant peut-être un blessé grave qui partageait sa résidence. Ce n’était rien qui l’enchantait vraiment à long terme, car à court terme, il était certain qu’il apprécierait le spectacle que de voir Cedrik Manners roué de coups, surtout si c’était les siens… Son petit côté parfait refit surface et c’est en fait ce qui l’empêcha de frapper. Il savait que, s’il avait toutes les chances de son côté d’être accepté dans cette foutue association étudiante, ils les perdraient toutes en tabassant son colocataire. Il savait que c’était relativement étrange que de se voué corps et âme à ce point, simplement pour être admis dans une association étudiante. Cependant, pour Malcolm c’était plus qu’une simple association. C’était la plus grande et la plus prestigieuse association d’étudiants en sciences et cela lui donnerait une visibilité et une tonne de contacts qui n’étaient pas à négliger. Cela lui permettrait ainsi de devenir quelqu’un de bien, comme son père l’a fait avant lui et comme son grand-père l’Avait fait avant… C’était dans les gènes des Gillian que de finir un grand scientifique ou un médecin, avec une belle petite femme et au moins deux enfants… il ne pouvait pas échapper à la règle!

Cependant, Malcolm décida de cesser de suivre son côté parfait et égocentrique lorsque Cedrik fut pris de vertiges. Il avait beau ne vouloir qu’être admis dans cette association, il s’en faisait pour son colocataire. C’était subtil et inconscient, mais c’était tout de même présent. Malcolm ne voulait pas abandonner Cedrik dans cet état, il pouvait lui arriver n’importe quoi. Malcolm avait bien remarqué qu’il en avait même perdu son air cynique, c’était donc un grand signe que Cedrik n’allait pas bien.


-Non merci, maman, ça va aller. J'ai l'habitude qu'on me tabasse, tu devrais t'en douter.
-Apparemment, ils te tabassaient pas tous aussi fort que moi je te pousse. Ça devait être des lopettes eux aussi…


Malcolm avait parlé d’un ton faible, sans être parfaitement audible, ce n’était pas un marmonnement incompréhensible. Malcolm était resté impassible. Il affichait le même air un peu inquiet que celui qu’il avait lorsqu’il avait parlé la première fois. En fait, il n’avait même pas conscience qu’il avait dit tout fort ce qu’il venait de dire. Il avait eu l’impression de seulement le penser. Il ne pouvait donc pas redouter les effets de ces paroles.

-Donc, on avance plus vite. On n'est pas très loin d'un arrêt d'autobus. De là, on pourra facilement revenir et ton travail d'ange gardien ne sera plus nécessaire.

Les paroles de Cedrik rendaient Malcolm perplexe. Il faut dire que Malcolm était sans cesse sur la défensive encore plus en présence de Cedrik, mais il avait l’impression que les termes ange gardien, était relativement encore une fois un faible sous-entendu concernant sa possible orientation sexuelle déviante comme la sienne… Il n’aimait pas du tout cette impression, mais il fit un effort inouï pour ne pas le relever et faire comme s’il n’avait dénoté aucun sous-entendu déplacé.

Malcolm avait légèrement ralentit le pas, question de se concentrer pour ne pas exploser encore une fois. Il était donc que très légèrement derrière Cedrik, puisque celui-ci avait également ralenti le pas. Le Gillian finit par voir l’arrêt de bus et trouva que Cedrik avait été honnête, peut-être trop… Un léger inconfort s’installa en lui, il redoutait ce qui allait arriver. *Peut-être va-t-il me demander quelque chose de dégueulasse en échange…?* Malcolm eut un haut le cœur, mais dut chasser plus rapidement que ce qu’il croyait son inconfort et ses hallucinations atroces, car Cedrik venait de s’incliner subitement vers l’arrière, donc vers lui. Le premier réflexe de Malcolm fut de le saisir au vol et de l’aider à s’allonger par terre. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu’il avait perdu conscience. Ils se mit donc lui-même à genoux par terre et Malcolm fit toutes les manœuvres nécessaires pour tenter de le ramener dans le présent et le soulager. Il l’étendit donc sur le coté, avec sa tête sur ses genoux, il lui retira son veston et déhira le col du t-shirt, pour qu’il respire mieux et ne soit pas coinc. Par eux. Cependant, il n’y avait rien à faire, Cedrik restait inconscient. Malcolm voulait retarder le plus possible le moment d’apller des secours, de peur d’être accusé… avec raisons. Malcolm ne savait plus quoi faire, n’ayant pas de serviette froide à appliquer sur son front, il ne lui restait qu’une solution. La panique commençait à monter de plus en plus. Il avait tellement peur que Cedrik tombe dans le coma ou qu’il ne meure qu’il avait envie d’hurler. Cependant, il ne voulait pas faire le dernier recours. Il réalisa après deux fractions de secondes qu’il n’avait pas le choix. Il allongea donc Cedrik sur le dos, juste à côtés de ses genoux, ferma les yeux et s’approcha doucement sa bouche de la bouche de l’autre jeune homme. Il devait lui faire le bouche-à-bouche, il le devait…

Il posa légèrement ses lèvres sur celles de Cedrik et sentit étrangement un mince filet d’air sur sa peau. Il ne comprenait pas d’où il pouvait venir et il ouvrit finalement les yeux pour voir. Il tomba face à face, c’est bien le cas de le dire, avec Cedrik qui avait les yeux ouverts… Malcolm se recula rapidement, resta à genoux et passa une de ses mains sous la tête de Cedrik.


-Ça a pas de sens Manners, on va t’amener à l’hôpital, ça peut être très grave…

Tout pour ne pas parler de ce qu’il faisait avec ses lèvres sur les siennes, tout pour oublier ce qu’il venait de faire…

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Dim 2 Mai - 0:54

Cedrik espérait que Malcolm ne devinerait pas à quel point il était faux et, pire, fragile. Avec ses sarcasmes et ses provocations, il paraissait être le genre de personne à l'âme sombre qui n'a peur de rien et, surtout, de personne. Il était petit, très mince, pale... mais il avait toujours l'air d'avoir une arme cachée, une raison de faire regretter à quiconque de s'en prendre directement à lui. C'était pourquoi la plupart des gens qui le frappaient le faisaient en groupe. À un contre un, il fallait être fou pour se mesurer à lui. Et Malcolm avait eu cette folie, une démence rageuse motivée par une haine féroce envers ce qu'il était et, aussi, envers qui il était. Toutefois, incapable de livrer un combat verbal où le regard acide de Cedrik l'aurait écrasé, le Gillian n'avait rien trouvé de mieux que la violence physique. C'était bas, ennuyant, vide d'originalité... En réalité, c'était exactement à l'image de comment Manners se représentait l'autre jeune homme.

Malcolm semblait n'avoir aucune faculté à étonner. Aucune. Il restait irrémédiablement parfait en surface et sans saveur à l'intérieur. Comme un vieux bonbon d'Halloween qu'on aurait oublié pendant six mois. Il n'avait aucun intérêt. Seul l'emballage méritait qu'on s'y arrête un peu. En effet, son corps était assez magnifique, en plein dans le style qui faisait tourner la tête de Cedrik. Juste assez de muscles, des épaules larges, un visage sexy, des yeux envoûtants... Si Cedrik avait été sensible aux autres, il aurait pu fondre à trop regarder Malcolm, même si c'était Malcolm. Mais Cedrik s'était imperméabilisé aux autres personnes. Principalement ceux qui auraient pu l'atteindre plus facilement. Alors, s'il était conscient du charme de Gillian, il ne s'y attardait pas, préférant disséquer sa personnalité pour en analyser les évidences les plus sanglantes.


-Apparemment, ils te tabassaient pas tous aussi fort que moi je te pousse.

-Ça, t'en as aucune idée, merci.


Le ton avait été plutôt tranchant. Malcolm n'avait effectivement aucune idée des traitements dont Cedrik avait été victime. Une personne normale en aurait eu beaucoup de cicatrices. Bien sûr, il fallait avouer que Manners ne se privait pas de tout ce qui apportait ce genre d'expériences négatives. Les milieux de la drogue et de la prostitution sont rarement saturés de personnes au grand coeur. Cedrik avait choisi de se laisser tomber de lui-même dans cette dimension sombre et perverse en sachant à quoi s'attendre... sans toutefois imaginer à quel point il aurait raison de prévoir les pires horreurs. Il n'appréciait donc pas que M. Parfait vienne jouer celui qui en savait très long sur le sujet en supposant qu'il était ce que Cedrik avait connu de pire. Il n'était qu'un froissement de papier au centre des bruits d'explosions.

-Ça devait être des lopettes eux aussi…

-Tu m'ennuies.


Cedrik avait marmonné entre ses dents, d'un ton las, mais il s'était retenu de lever les yeux au ciel. Garder les yeux sur la route devant lui demandait déjà assez d'efforts. La route ne resta d'ailleurs pas longtemps dans son champ de vision, puisque celui-ci s'écrasa sous un noir assommant.

Comme un couteau glacial sur sa gorge, l'air qui le griffait par l'ouverture de son chandail ramenait Cedrik à la réalité. Alors que ses yeux s'ouvraient et que ses pupilles combattaient la luminosité nouvelle, le jeune homme prenait conscience d'une chaleur étrange, bien différente de ce contact dur avec le sol. Ses lèvres. Elles étaient à l'origine de cette vague douceur, comme un souvenir chèrement effacé, qui revenait.

C'est seulement lorsqu'il se retrouva avec le regard de Malcolm harponné dans le sien qu'il comprit que c'était ses lèvres qui avaient été coupables de cette impression de chaleur. Il y avait bien longtemps que personne n'avait frôlé les lèvres de Cedrik Manners. Parce que non, il ne vendait pas de baisers. C'était trop vrai, trop direct, trop de lui-même... Vendre le reste de son corps était dégradant, mais il pouvait encore l'assumer. Il n'avait qu'à fermer les yeux et serrer les dents. Ce n'était pas réel.

Malcolm se recula sagement, l'air très peu à l'aise, et Cedrik comprit ce que sa bouche était allée faire sur la sienne. Le bouche-à-bouche, comme c'était gentil! Finalement, Malcolm Gillian pouvait peut-être l'étonner un peu... Il avait collé ses lèvres à celles de Cedrik, malgré son intense dégoût, pour l'aider, voire même le sauver... C'était beaucoup. C'était trop, venant de lui. Il n'avait pas le droit de sortir de la cage de préjugés dans laquelle Manners voulait le tenir enfermé. Il ne pouvait pas lui montrer qu'il était une bonne personne, même quand sa perfection présumée en prenait un coup.

La main de Malcolm vint soutenir la tête de Cedrik, comme une insulte le frappant dans le dos. Comment osait-il encore se montrer aussi imbécilement gentil? N'y avait-il que Cedrik Manners pour être totalement égoïste? Dans une situation inversée, il aurait probablement laissé l'autre crever doucement sur le troittoir et il serait parti sans remords. Malcolm faisait vraiment touriste, dans Tenderloin, avec cette attitude. Il aurait presque mérté d'y rester encore un peu.


-Ça a pas de sens Manners, on va t’amener à l’hôpital, ça peut être très grave…

Cedrik poussa brusquemet la main de Malcolm de sous sa tête en se relevant. Son organisme à la guérison surhumaine y mettait enfin du sien. Les étourdissements n'étaient toujours pas bien loin, mais Manners ne craignait plus autant de s'effondrer.

-Fous-moi la paix, veux-tu? T'es ni ma mère, ni une infirmière. Alors, laisse-moi respirer.

L'autobus tant attendu tourna le coin et Cedrik se mit en marche vers l'arrêt.

-Ton retour à l'appart est fraichement arrivé. Maintenant, j'apprécierais que tu fasses comme si je n'existais pas.

Il monta dans le bus et s'écrasa au fond d'un siège, l'air hostile, sans poser les yeux sur Malcolm. D'ailleurs, il s'en tiendrait à ce qu'il venait de dire pour le reste du trajet jusqu'à l'appartement. Gillian n'existait plus et cette soirée n'avait pas eu lieu. C'était tant mieux, après tout.

Au bout d'un moment, cependant, Cedrik posa les yeux sur la surface froide et paradoxale du miroir au-devant de l'autobus, celui qui permettait au chauffeur d'observer les usagers. Son regard dévia vers les lèvres de Malcolm, une seule seconde, et Cedrik se rappela qu'il avait oublié comment embrasser, après tout ce temps à tuer la chaleur en lui en la transperçant d'aiguilles toujours plus empoisonnées. Il ferma les yeux, et un demi-sourire douloureux vint s'en prendre à son visage alors qu'il songeait qu'il ne lui servirait à rien de se souvenir. Il avait choisi d'être seul, de se briser toujours un peu plus derrière les ombres que les vieux lampadaires de Tenderloin n'arriveraient jamais à chasser.

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé] Dim 2 Mai - 11:27

Malcolm avait bien senti que Cedrik n’appréciait pas trop sa réplique concernant ses anciennes altercations, mais cela avait été plus fort que lui. Il espérait en fait que Cedrik ne l’aie pas entendu, mais apparemment il avait parlé plus fort que ce qu’il souhaitait. Ce qui était tout de même assez drôle, au final. Autant il aurait aimé en apprendre davantage, suite à ce que Cedrik lui avait dit, autant il s’en foutait éperdument et se disait que Cedrik devait l’avoir bien cherché, comme ce soir. De toute façon, il savait que, même s’il le questionnait, le Manners ne lui répondrait pas et lui dirait probablement même de se mêler de ses affaires. Malcolm le comprenait, il aurait fait la même chose. C’est donc pourquoi Malcolm n’avait rien répondu à Cedrik, pour une fois…

Malcolm était heureux que Cedrik ait repris conscience. Il n’aurait pas pu supporter encore beaucoup de fois de mettre ses lèvres sur les siennes. Le contact de ses lèvres sur celles de Cedrik lui avait procuré un sentiment trop bizarre. Il avait encore d’ailleurs la texture et la chaleur de ces lèvres sur les siennes, comme s’il avait été marqué au fer chaud. Il ne savait pas ce qu’il y avait de tellement étrange, il ne faisait que tenter de lui sauver la peau, ce n’était certainement pas comme s’il avait voulu l’embrasser. En fait, il venait de trouver comment il se sentait et il se sentait sur le point de vomir. C’était dégoûtant! Par association, étant donné que Cedrik avait surement du embrasser d’autres garçons dans sa vie, Malcolm avait l’impression que ses lèvres avaient été en contact avec toutes les autres lèvres qui avaient encore leur empruntes sur celles de Cedrik. Cette impression lui donnait encore plus la nausée. C’était horrible!

Lorsque Malcolm vit que Cedrik se relevait rapidement, il eut une petite vague de panique. Il venait à peine de revenir à lui, ce n’était pas le moment d’aller courir un marathon. Pour le protèger, il décida de le remettre en garde, encore une fois.


-Hey! Pas si vite le comique! Tu viens à peine de revenir sur Terre et ton état peut être grave!
-Fous-moi la paix, veux-tu? T'es ni ma mère, ni une infirmière. Alors, laisse-moi respirer.
-Je suis peut-être pas ta mère ni une infirmière, mais j’ai quand même un cours de secourisme et il se trouve que tu ne fais rien de conforme aux marches à suivre lors d’un évanouissement ! Ça pourrait être dangereux…


Malcolm s’était tu, interrompu par l’autobus qui venait de tourner le coin. Rendant ainsi sa libération plus que concrète. L’espace de quelques instants, il eut envie de crier de joie et de sautiller sur place, tellement la joie de retourner dans son petit cocon de fausse perfection lui faisait du bien. Tout pour sortir de cet endroit sordide, tout pour s’éloigner de Cedrik, tout pour oublier toute cette soirée…

-Ton retour à l'appart est fraichement arrivé. Maintenant, j'apprécierais que tu fasses comme si je n'existais pas.
-T’inquiètes pas, ce ne sera pas difficile !


Malcolm avait laissé passer Cedrik en premier et avait décidé de faire à l’inverse de lui et de ne pas aller s’asseoir au fond. Préférant un des premiers bancs à l’avant et le coin de la fenêtre, il s’assit dans son banc et se cala légèrement, question de ne pas avoir la jonction de la fenêtre dans son champ de vision. Il ne pouvait cesser de s’en faire pour Cedrik, c’était sa faute après tout. Et ce n’était pas comme n’importe quel autre inconnu qu’il tabassait dans la rue, c’était son colocataire. Cela le mettait dans une situation délicate. Il ne voulait pas avoir un incident, quel qu’il soit, qui puisse entacher sa réputation et son avenir. C’était pourquoi il s’en faisait tant pour le Manners. Non pas que sa santé le préoccupe particulièrement, seulement il n’aimerait pas avoir affaire à lui dans des circonstances de plaintes portées contre lui. Il aurait peut-être dû lui en parler, avant qu’ils ne décident de ne plus se connaître pour le reste de la soirée. Mais il était trop tard maintenant. Il devrait faire avec cette petite peur. Cependant, il savait au fond de lui que Cedrik ne ferait pas ce genre de démarches, car il aurait dû tout raconter et justifier sa présence dans Tenderloin…

Sans trop savoir pourquoi, son esprit le ramenait au début de la soirée et lui repassait toutes les scènes ou il avait été en contact direct avec Cedrik, ainsi que toutes les gammes d’émotions que cela lui avait procurées. Il se demandait encore comment tout cela avait pu se dérouler sur quelques heures à peine. C’était fou la vie parfois… Malcolm laissa son regard dans le vide, pendant que les lampadaires éclairaient de façon glauque son visage et qu’il essayait déjà d’effacer tant bien que mal toute cette soirée de sa mémoire...


[Terminé aussi…]

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MessageSujet: Re: Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé]

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Sous le regard terne de vieux lampadaires [Terminé]

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